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Reflet – Exploitation illicite de bois précieux à Didy : silence complice des villageois ?

Reflet – Exploitation illicite de bois précieux à Didy  : silence complice des villageois ?

La commune rurale de Didy est située à 54 Km d’Ambatondrazaka. Une commune ignorée de la population malgache jusqu’à ce qu’elle soit au cœur d’une exploitation sauvage de saphir, en 2012, obligeant ainsi les dirigeants à entrer en jeu. Après quelques années de silence, Didy revient au cœur de l’actualité.

Commune désenclavée et délaissée

La commune rurale de Didy est limitrophe du district d’Ambatondrazaka avec les districts de Moramanga, de Brickaville « Ampasimanolotra Brickaville » et de Toamasina-II. En effet, cette localité peut être classée comme étant une zone touristique tout comme le site touristique d’Andasibe.

Riche en faune et flore endémique et en ressources minières comme le saphir et l’or, cette commune est loin d’être un exemple en développement communal à cause de l’état de ses routes.

Seuls les motos et les camions 6X6 peuvent relier Didy à Ambatondrazaka. Les 54Km se font en 4 heures et demie de routes boueuses moyennant 40.000 Ar le transport en moto.

Les routes sont impraticables à cause de la pluie qui survient la majeure partie de l’année entrainant un désenclavement total de la localité.

Selon le maire de la commune Davidson Radoka, aujourd’hui à son quatrième mandat, la dernière fois où les habitants ont connu une route dans les normes, a été entre 1991-1994 avec la construction des routes effectuée par Gambodgi. Et puis après rien. «Depuis 2014, nous n’avons reçu aucune subvention, aucun appui de l’Etat. La décentralisation effective n’est que vains mots. La population est déçue totalement par le régime actuel. Nous sommes délaissés par les dirigeants», s’est plaint Davidson Radoka.

En effet, l’absence de subvention oblige la commune à fonctionner au service minimum. «Nous n’avons plus les moyens de payer nos agents ainsi nous sommes contraints à les faire travailler à mi- temps», s’est plaint le maire.  La commune n’a reçu que 2.500.000 Ar en 2015 en guise d’aide de l’Etat selon ses explications. «Même si la réhabilitation de la route est une de nos priorités, c’est largement au-dessus de nos moyens», a-t-il révélé.

Pour alléger les désagréments engendrés par le mauvais état de cette route nationale menant à Didy, la commune entreprend de temps en temps un entretien en imposant une taxe de roulage aux véhicules. Ainsi, à chaque sortie, une moto est obligée de payer 1000 Ar, 5000 Ar pour les taxis-brousse qui arrivent à y accéder et 10.000 Ar pour les camions et les tracteurs.

La commune essaie tant bien que mal de fonctionner également avec les impôts synthétiques et les ristournes. Ainsi, elle fait payer 10 Ar par kilo les produits agricoles. Les frais de  transport des bois vont de 250 Ar, par pièce pour le kininina, 500 Ar pour le bois ordinaire et 1000 Ar par pièce pour le palissandre.

Mais, cela n’arrive malheureusement pas à couvrir les dépenses au sein de cette commune entrainant une grogne au sein de la population. «Je n’arrive pas à comprendre pourquoi la route n’est pas entretenue régulièrement avec ce dont on nous fait payer», s’est indigné un transporteur en moto. Ce dernier a fait savoir que la commune Didy est desservie par 25 motos par jour. Une moto alloue une taxe d’environ 1.500.000 Ar par an. Avec ce calcul, la commune arrive à réunir un fonds de 37.500.000 Ar par an, hormis les autres moyens de transport qui circulent quotidiennement sur cette voie.

Népotisme et abus de pouvoir

Le développement de la commune rurale de Didy repose entièrement sur les infrastructures routières. A 95% composée d’agriculteurs, la population se plaint de l’état défectueux des routes. Le seul moyen pour pouvoir sortir les produits locaux de la commune est de faire appel aux tracteurs et surtout les 6X6. Dans la commune, le transport des marchandises et le ravitaillement en PPN de la population sont monopolisés par une famille considérée comme influente dans la localité.

Ayant été au service de l’Armée malgache, il y a quelques années, un général «zanatany» offre les services de son 6X6 pour transporter les produits vers Ambatondrazaka. Ses véhicules sont également indispensables pour assurer l’approvisionnement des marchands locaux.

Selon les informations, cette famille est la seule à avoir la mainmise sur ce transport mais aussi sur un certain nombre d’opérations commerciales dans la commune.

Cette famille serait également la seule à être privilégiée par le mauvais état de la route étant en possession des seuls véhicules adéquats.

«Cette famille est représentée dans tous les secteurs dans cette commune. L’administration communale, le transport, le commerce et ce, faisant en sorte qu’elle est indétrônable et intouchable. Même la direction de la barrière de péage à la sortie de la commune, lieu de paiement des ristournes et taxes de roulage revient à un membre de cette famille», a témoigné un villageois sous anonymat.

Pour les villageois, cette famille solutionne les nombreux problèmes de transport de la commune mais le népotisme est loin d’être apprécié sur place. «Le candidat malheureux à la mairie dénommé Madame Lalao a promis d’apporter une restructuration complète de cette organisation si elle est élue,  mais malheureusement, cela n’a pas été possible. Elle a été évincée de peu par le maire sortant, un membre de la famille du général», a attesté un autre villageois.

Silence inquiétant

La forêt de la commune rurale de Didy fait partie de l’aire protégée du Corridor Ankeniheny –Zahamena, sous la gestion de «Conservation internationale».

Deux «vondron’olona ifotony» (VOI) sont aujourd’hui responsables de la conservation et de la valorisation de cette aire protégée. Malgré les dispositions entreprises par les VOI, l’exploitation illicite du palissandre au sein de cette zone protégée devient l’activité principale de certains opérateurs. Questionnés sur le sujet, les VOI se renvoient la balle et dénoncent même une complicité des trafiquants avec certains dirigeants.

Les informations ont révélé que les trafiquants utilisent le permis d’exploitation des VOI valorisation pour perpétuer leurs affaires. La désignation de la femme d’un général à la tête d’un VOI valorisation a fait jaser la population et conforte ainsi la rumeur d’une haute corruption. «Les VOI valorisation ont droit à un quota de 300 à 350 pieds par an. Cette prérogative favorise ainsi l’exploitation illicite et le trafic du bois précieux. Ils sont complices des trafiquants. Le comble c’est que certains VOI entrent en cachette dans la zone réservée aux VOI conservation pour effectuer leurs activités», a accusé un président du VOI conservation.

Mais malgré les preuves, aucun trafiquant n’a été appréhendé. «Lorsque nous saisissons des bois considérés comme irréguliers à notre  niveau, nous établissons un rapport que nous envoyons de suite auprès de la Direction régionale de l’environnement et des forêts (Dref) de l’Alaotra Mangoro. Nous signalons l’acte irrégulier et notre intervention s’arrête là. Le ressort des bois et la suite de l’enquête ne nous concernent plus», a expliqué le chef de triage forestier à Antsevabe, Manitriniaina Raharinosy. La barrière d’Antsevabe est un passage forcé pour tous les transporteurs. C’est là que  l’on procède aux vérifications de toutes les marchandises.

Il faut savoir que le permis d’exploitation de bois d’œuvre et de bois précieux a été momentanément suspendu, selon une décision de la Conservation Internationale depuis le mois d’avril dernier. La nouvelle autorisation et les nouveaux permis seront octroyés après un inventaire de contrôle dans les forêts et la mise en place d’un comité de suivi et de contrôle. Ce comité comprendra le maire, les représentants des VOI, les patrouilleurs, les tangalamena et les représentants de Conservation internationale.

«Depuis la suspension de l’autorisation, nous n’avons constaté aucune infraction. Les seuls bois précieux à sortir de notre territoire sont des stocks de bois qui ont reçu un permis d’évacuation de la Dref», a confirmé le chef de triage. Ce dernier a cependant reconnu l’existence d’une exploitation illicite au sein des forêts environnantes mais manifeste son impuissance. «Ils fonctionnent à dos d’homme et faute de moyens, nous ne pouvons pas les appréhender», a conclu le garde -barrière  à Antsevabe, Désiré Rabearisoa.

Le maire Davidson Radoka a également fait part de la bonne volonté des autorités à lutter contre ce trafic et cette exploitation illicites. «Mais nous manquons considérablement de moyens, même avec les patrouilles des VOI. Avec le peu de possibilités qu’ils ont, ces patrouilleurs ne font qu’un contrôle 5 jours par mois», a-t-il déclaré.

Les villageois de Didy sont en connaissance de ce trafic et des auteurs mais préfèrent taire l’information exacte.  «Cette exploitation permet aux villageois de survivre. Avec cette activité, le nombre de cambriolages et d’attaques à main armée diminue considérablement», a témoigné un villageois. «Personnellement je connais les trafiquants mais je ne dirai rien, par peur des représailles», a renforcé un membre du VOI sur place.

Didy en chiffres

Nombre d’habitants : 28.000 selon l’Instat mais estimé à 40.000 par le maire

Superficie : 1773,16 Km2, 13 fokontany

25 VOI dont 15 VOI conservation et 10 VOI valorisation

Transport : 40.000 Ar l’aller en moto, et 60.000 Ar pour les taxis-brousse (Land Rover)

Page réalisée par Nadia

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