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Politiquement incorrect

Politiquement incorrect

Tollé général dans les milieux du bien pensant lorsqu’un représentant de l’Etat a récemment osé remettre en cause les acquis des « révolutions » postcoloniales depuis 1972. Il faut dire qu’il a mis les pieds dans le plat des populistes qui veulent se montrer plus rois que les rois. Il est vrai qu’une personnalité de son rang qui se verse dans le politiquement incorrect sera fort bien mal vue auprès de ses compatriotes. Nous autres Malgaches, dans la plupart des cas évidemment, nous préférons de loin les hypocrisies que les vérités bien crues. Mal donc lui en a pris à partir du moment où il a préféré braver l’interdit sur des sujets que des pseudos-militants veulent ancrer dans l’imagination collectives comme des symboles.

Pour autant, et de toute évidence, après les polémiques mises en avant par certains confrères, il faudrait qu’un jour ou l’autre, les Malgaches fassent vraiment des travaux de remise à plat de leur révolution. Car, après mûres réflexions, certains faits devraient nous obliger à admettre que, au risque de froisser certaines sensibilités, parfois nous faisons fausse route dans notre envie d’aller de l’avant.  Les mouvements populaires, dits révolutions, ces dernières années, que ce soit ceux de 1972, 1991, 2002 ou de  2009 ont enfanté soit des apprentis dictateurs, des égoïstes disproportionnés ou ont ouvert la voie à des trafics à ciel ouvert des ressources naturelles. Nous pouvons gloser aussi longtemps que nécessaire sur les raisons légitimes ou légales de ces mouvements mais il n’en demeure pas moins que des preuves palpables sont là : le niveau de vie des Malgaches n’a jamais connu des évolutions après ces mouvements, aucun essor industriel ou autre affilié n’est constaté. Au contraire, à chaque fois, le navire Madagascar recule. Pour preuve, il suffit de jeter un coup d’œil sur le classement du pays au niveau mondial du début de l’indépendance et à l’heure actuelle. Voilà des faits qui ont échappé aux gardiens des révolutions du 13 mai dont, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, les fortunes personnelles augmentent au fur et à mesure que le pays s’appauvrit.

Ce qui n’est pas a priori étonnant. Car, comme le disait avec lucidité un certain Napoléon I, dans les révolutions, il y a deux sortes de gens: ceux qui les font et ceux qui en profitent. C’est aussi limpide que cela. Ceci étant, ce sont ceux qui usent des mouvements populaires à d’autres fins qui souillent la mémoire des victimes et non ceux qui font bouger les lignes en appelant les compatriotes à revoir leur mémoire. Et justement, ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un « lieu de Mémoire » qu’on ne devrait pas revoir les fondements. Ce n’est ni de l’ignorance, ni du révisionnisme. C’est que, à l’avenir, la population doit comprendre qu’elle ne devrait pas faire une révolution sans révolutionnaires patriotes.

Jao Patricius

 

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