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Reflet – Ambondromifehy, Le nouvel eldorado du saphir

Reflet – Ambondromifehy, Le nouvel eldorado du saphir

Situé à 43 km d’Ambilobe, dans la commune rurale d’Anivorano-Nord, quelques kilomètres avant d’entrer dans la ville d’Antsiranana, Ambondromifehy reste méconnu des voyageurs. Pourtant, avec ses quelque 3000 habitants, ce village est en passe de devenir d’ici peu le futur royaume du saphir bleu à Madagascar.

Zone sensible et interdite !

La carrière de saphir bleu de Kepakepa, située à quelque 2 km du village d’ Ambondromifehy a été découverte en 1996. Cette mine produisant des saphirs de couleur bleue foncée est établie dans la réserve naturelle d’ Ankarana. Pour y accéder, il faut passer par monts et vaux, longer des rivières lieux de repos des caïmans, traverser des rizières et des trous miniers laissés par les exploitants, parcourir des kilomètres de hautes savanes et de forêts, bravant ainsi les mille-pattes, les serpents, les scorpions, et autres bestioles spécifiques de cette réserve naturelle.

Partie du village à 8h, l’équipe de journalistes venant d’ Antananarivo avec le Comité national des mines (CNM) est accompagnée par deux natifs faisant office de guides. Cette assistance est indispensable car les exploitants miniers se méfient des nouveaux venus. «Etant donné que les activités au sein de cette carrière de saphir sont illicites, les étrangers ne sont pas les bienvenus. Un jour, un «vazaha» s’est aventuré à y pénétrer, il a été accueilli par des jets de pierres», a déclaré l’un de nos accompagnateurs, Maurice.

Kepakeka ou la loi du plus fort

Effectivement, tout au long du périple, les journalistes se sont retrouvés face-à-face avec des mineurs souvent armés de coupe-coupe, visiblement méfiants de voir des inconnus dans les parages. Afin d’éviter qu’ils entreprennent des actions qui nous auraient été fatales, nos guides se sont empressés de leur expliquer la raison de notre visite. Après des négociation et deux heures de marche, nos efforts ont enfin été récompensés. Derrière un bosquet, la fameuse mine de saphir bleu.

Là, plus d’une dizaines de tentes en sachets plastiques sont disposées en diagonale, de façon à ce que les trous d’ exploitation de 20 m de profondeur soient bien mis en exergue et visibles. Chaque tente est occupée par au moins trois exploitants, des collaborateurs. Dans cette carrière, on se sent loin de la modernité. Tout est artisanal. Les mineurs sont par exemple ravitaillés en oxygène par un simple sachet gonflé d’air.

Une carriere «precieuse» contre un avenir «precaire»

«Les barres à mine et les lampes torche sont les outils de travail primordiaux mais rudimentaires dans les activités des mineurs. Aucune mesure n’est prise pour la sécurité de ces petits exploitants», a fait savoir le président du fokontany d’Ambondromifehy, Germain Maintinambo.

«Quant survient un éboulement, bon nombre de nos pairs meurent. Certains périssent des suites d’étouffement… Notre avenir reste précaire. Chaque jour est un risque énorme pour nous tous. On fait face à la traque des forces armées ou encore aux éboulements, lorsqu’on n’est pas attaqués par les «dahalo» qui volent nos pierres», a confié un exploitant, Jimmy.

Comme dans toutes les autres carrières minières, l’insécurité commence à prendre de l’ampleur à Kepakepa. Les assaillants viennent d’ailleurs armés et en nombre et n’hésitent pas à dépouiller les petits exploitants. Les petits miniers appellent donc à une mobilisation des forces de l’ordre. Interrogées sur leur responsabilité devant cette insécurité grandissante, les forces de l’ ordre d’Ambilobe ont déclaré que l’étude du cas de ces deux carrières est en cours.

Nouvelle decouverte, nouvelle orientation

Auparavant, la riziculture était la principale occupation de la population d’ Ambondromifehy. Après la découverte de cette mine de saphir, la majorité des villageois ont changé de cap. Si les uns ont opté pour la profession d’exploitant, les autres se sont transformés en collecteurs.

A Ambondromifehy, dénicher un «caillou» n’est plus une grosse trouvaille, comme il suffit de creuser pour gagner le jackpot. Mais parfois, ces pierres précieuses sont cédées très en deçà de leur vraie valeur marchande étant donné qu’elles sont vendues sur place à partir de 1000 ariary jusqu’à 30.000 ariary selon leurs qualité et taille, voire même échangées contre une tasse de café et un «mokary» (beignet fadasse fait avec de la semoule de riz).

Dans la carrière de Kepakepa, hommes, femmes et enfants vivent en communauté formant une famille très unie et solidaire. «Ici, je vends du café et des donnâtes énergisantes qu’on appelle sauvez-moi. Lorsque les mineurs finissent leur travail, ils viennent faire la pause casse-croûte chez moi. Depuis l’existence de cette mine, mes affaires marchent bien. Le soir j’arrive à amasser 4000 ariary de bénéfices avec une dépense quotidienne de 10.000 ariary», a affirmé une mère de famille, Rasoa. Cette dernière fait chaque jour la navette entre Kepakepa et le village.

Malgré sa réputation de village à mine de petites pierres bleues, Ambondromifehy n’est pas encore au stade d’ Ilakaka. Le site n’est pas encore assailli par les étrangers. «Pour le moment, quatre sociétés thaïlandaises, des Africains et des Sri-lankais y viennent le plus souvent acheter les pierres», a fait savoir le président du fokontany.

La plupart des collecteurs sont des villageois. Chaque jour, Maman’i Soja, une agricultrice devenue collectrice arrive à amasser une vingtaine de grammes de pierres, apportées par les exploitants. Le cours varie selon la grosseur et la limpidité de la pierre, de 2000 à 100.000 ariary.

Mais un exploitant peut rentrer bredouille s’il s’avère que les pierres qu’il détient sont minuscules. «Travailler ces pierres peut nous causer une décalcification», a déclaré Maman’i Soja, «alors nous préférons refuser la transaction».

Le CNM à la rescousse

Les petits exploitants miniers d’Ambondromifehy sont conscients de l’illégalité de leurs activités mais n’ont d’ autres alternatives pour subsister. Même si les richesses minières de cette réserve ne sont exploitées aujourd’hui qu’à 10% de leurs capacités, des mesures draconiennes doivent être prises. Le Comité national des mines (CNM) entre alors en jeu en mettant en œuvre le projet «Lanja Miakatra 2016» pour deux ans. Explication de l’un des responsables.

*Les Nouvelles: Quel sont les objectifs de ce projet ?

– Andriantsira Rakotoarisoa: Durant deux ans, ce projet aura pour objectif de sensibiliser les mineurs sur le statut formel, ainsi que sur les avantages qu’ils peuvent en tirer. En intégrant une association ou un groupement, ces derniers pourront également trouver des collaborateurs nationaux et internationaux. Il sera également une occasion de revoir avec les mineurs les principaux points du Code minier.

* Quelles bénéfices pour le pays et les exploitants ?

-A la fin du projet, les redevances et ristournes seront collectées à la base par les autorités communales des zones cibles. Et les associations et coopératives créées en bonne et due forme seront reconnues par l’Etat. Enfin, les artisans et les petits exploitants seront initiés aux techniques d’exploitation soucieuses de l’environnement.

Textes : Nadia – Photos : Tiana R.

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