Flash
Préc Suiv

Orange Madagascar : les textes aux oubliettes ?

Le bras de fer continue entre Orange Madagascar et les autorités malgaches. Une fois encore, l’opérateur compte ne pas souscrire aux textes régissant le secteur des télécommunications dans le pays. Après avoir perdu son procès devant le Conseil d’Etat, il compterait recourir à la justice internationale.

Alors que l’opérateur en télécommunication n’a pas obtenu gain de cause devant le Conseil d’Etat dans sa requête pour sursis à exécution et recours en annulation de trois décrets d’application de la loi sur la télécommunication, celui-ci prévoirait actuellement de saisir la justice internationale, d’après le directeur marketing d’Orange Madagascar, comme le rapporte le magazine Agence presse de l’océan Indien (APOI) dans un article en date du 17 mars dernier. Il est clair qu’Orange Madagascar cherche une nouvelle fois à contester les règlements mis en place par les autorités malgaches.

Guerre contre les textes

En effet, l’opérateur en télécommunication compte développer l’Internet à haut débit à Madagascar en déployant les deux câbles sous-marins Lion et Eassy. Mais les textes régissant le secteur de la télécommunication à Madagascar sont clairs à ce sujet. Le décret n°2014-1652 du 21 octobre 2014 portant cadrage de la mutualisation dans le secteur de la télécommunication prévoit en effet la mutualisation du backbone national. Et c’est notamment ce que l’Autorité de régulation des technologies de communication (Artec) a rappelé à Orange Madagascar. Mais en projetant de faire appel devant la justice internationale, l’opérateur signifie qu’il compte a priori passer outre le cadre juridique établi par les autorités malgaches.

Par ailleurs, hormis la guerre déclarée contre les autorités de tutelle et les textes, le directeur marketing d’Orange Madagascar a émis des critiques sur la concurrence dans le secteur de la télécommunication à Madagascar, dans son interview accordée à l’APOI, en parlant de « 10% de temps de coupure (sur le backbone national), ce que nous n’acceptons pas ». Des déclarations sans fondement, selon les observateurs.

Moindres moyens à Madagascar ?

A noter qu’Orange Madagascar refuse également de payer le coût de la licence fixe, alors qu’il serait en mesure d’installer toutes les structures qu’il souhaite s’il détient cette pièce. A ce propos, les textes stipulent pourtant que « la fourniture de ligne filaire, que ce soit cuivre ou fibre optique relève d’une licence fixe ».

Mais le plus étonnant dans l’histoire, c’est que force est de constater que les moyens déployés par Orange à Madagascar sont extrêmement moindres par rapport à ses investissements dans les autres pays africains. La directrice en communication externe, Zone MEA, Nafissatou Dia a annoncé en janvier 2016 le renforcement de sa présence en Afrique. Cette année encore, Orange MEA se dotera de trois nouvelles filiales, au Liberia, en Sierra Leone et au Burkina Faso après approbation des autorités compétentes des pays concernés. Avec ces nouvelles acquisitions, Orange MEA est présent dans 22 pays, au lieu de 19 auparavant. Deux de ces 22 pays passeront sous la bannière de la marque Orange cette année. Toutes ces actions montrent l’importance des investissements d’Orange sur le continent africain. Et par dessus tout, le groupe ne rechigne aucunement à déverser des sommes faramineuses pour l’obtention de la licence dans des pays autres que Madagascar. A ce titre, l’opérateur a par exemple payé 100 milliards de francs CFA en Côte d’Ivoire, 152 millions d’euros (environ 547 milliards d’ariary) en Tunisie, 22 800 000 d’euros (près de 82 milliards d’ariary) au Cameroun. A Madagascar, Orange remet en cause les textes existants, au mépris des autorités malgaches. On se demande si une telle action serait tolérée dans d’autres pays africains…

Haja R.

 

Les commentaires sont fermées.