Flash
Préc Suiv

Accès à l’information : des professionnels décèlent des blocages

Accès à l’information : des professionnels décèlent des blocages

L’accès aux sources d’informations demeure un handicap dans la transmission des informations fiables. Un débat sur ce sujet a permis de comprendre l’importance des blocages.

«L’information : oxygène de la démocratie». C’est le slogan utilisé par un collègue journaliste, hier, pour mettre en exergue l’importance de l’information dans une démocratie en quête de maturité comme Madagascar. C’était lors d’une conférence-débat sur le thème «Le droit des journalistes à l’accès à l’information» qui s’est tenue au Carlton à Anosy et qui a vu la présence des professionnels des médias, en particulier les journalistes et des responsables au niveau des administrations clés.

La majorité des intervenants s’accordent en outre à reconnaitre que l’accès à l’information reste une étoile inaccessible dans le monde journalistique. L’intervention de Mirana Razafindrazaka du Projet Monitoring des médias Incipals a été captivante sur ce point. D’après elle, à l’issue des examens approfondis sur les articles de presse, «nous avons remarqué l’utilisation abusive de termes tels que d’après nos sources, des sources biens informées, des sources au courant du dossier…». Une analyse révélatrice en tout cas de la difficulté à laquelle font face les journalistes au quotidien.

Les participants ont aussi insisté sur l’existence des textes règlementaires à Madagascar en matière de liberté d’information mais, toutefois, ils estiment que des améliorations devraient être apportées. L’article 11 de la Constitution dispose d’ailleurs que «Tout individu a droit à l’information. L’information sous toutes ses formes n’est soumise à aucune contrainte préalable, sauf celle portant atteinte à l’ordre public et aux bonnes mœurs. La liberté d’information, quel qu’en soit le support, est un droit. L’exercice de ce droit comporte des devoirs et des responsabilités, et est soumis à certaines formalités, conditions, ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires dans une société démocratique (…)». Cependant, entre la liberté d’expression et l’accès aux informations, un énorme fossé existe.

Crédibilité

Gérard Rakotonirina, président de l’Ordre des journalistes (OJM) note sur ce point que «L’accès à l’information est nécessaire pour éviter les élucubrations et les informations sans fondement. Les informations de qualité permettent aux citoyens de dissocier les responsables incompétents et compétents». Il semble en effet que l’Etat entretient le culte du secret pour éviter de dévoiler des informations susceptibles de lui nuire. Le Président de la Cour des comptes, Arison Jean Noël Andriambolanirina a d’ailleurs appuyé ce point. «Nous sommes ouverts aux journalistes mais il ne faut pas se mettre l’Etat à dos», a-t-il indiqué.

«L’information est un produit stratégique, c’est le fruit d’un combat donc il est normal que l’administration soit hermétique. Aucun gouvernement au monde n’ouvre ses archives sauf s’il est obligé ou forcé par les circonstances», assure pour sa part un intervenant issu du Comité pour la sauvegarde de l’intégrité (CSI) en faisant référence à l’affaire «Panama Papers» qui a nécessité un parcours de longue haleine. Une vision partagée par Manjakahery Tsiresena, journaliste de l’AFP. Ce dernier a d’ailleurs apporté son témoignage au quotidien sur la quête des informations auprès des responsables des secteurs privé et étatique.

A ce titre, Luke Zahner, conseiller en communication auprès de l’ambassade des Etats-Unis n’a pas manqué de noter que le ministère de la Communication, et encore les médias publics n’existent pas dans son pays. Pour autant, la démocratie poursuit son bonhomme de chemin. En tout cas, les participants notent que les textes sur la liberté d’information existent mais il faut plus de clarté afin de donner aux journalistes plus de liberté dans leur quête. Les décrets d’application des lois, la création d’un espace de dialogue pour établir une confiance entre l’Etat et les journalistes, la création d’organes de contrôle de l’application des lois (tels que la médiature) ont, entre autres, été évoqués. Gabriel Baglo, Directeur de la Fédération internationale des journalistes, rappelle qu’«En Afrique, des campagnes sont menées actuellement dont l’objectif vise à adopter la législation sur l’accès à l’information».

Jao Patricius

Les commentaires sont fermées.