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Reflet de la semaine : les sachets plastiques ont la peau dure

Reflet de la semaine : les sachets plastiques ont la peau dure

La loi relative à l’interdiction de la commercialisation, la production et l’importation des sachets plastiques d’épaisseur inférieure ou égale à 50 microns est entrée en vigueur depuis le 1er avril 2015. C’est une mesure en faveur de l’environnement vu que les sachets et les sacs plastiques sont considérés comme des produits très nocifs. Un an après, les 50 microns ont disparu, ce qui paradoxalement a favorisé la production, et la commercialisation d’autres formes et tailles de sachets plastiques.

Plus épais et plus cher

Comme la production, la commercialisation et l’utilisation des sachets plastiques d’épaisseur supérieure à 50 microns n’ont pas fait l’objet d’une interdiction, il faut s’attendre à d’autres formes qui d’ailleurs commencent à inonder le marché depuis plusieurs mois déjà. Et qui dit plus épais dit plus cher. Les sachets plastiques se vendent en ce moment à 100, 300, et 400-600 ariary, selon qu’ils soient de petit, moyen ou grand format.

Juste après l’entrée en vigueur de cette loi, la population a eu du mal à s’adapter à la situation, tellement les sachets plastiques font partie du quotidien des ménages malgaches. Ces derniers ont mis un certain temps avant de s’habituer à des emplettes sans sachet plastique. La population a commencé à utiliser des vieux journaux et des papiers. Des petits sacs en tissu coûtant assez cher, entre 500 et 1000 ariary, selon les formats ont même fait leur apparition. Mais ce changement n’a pas duré car malgré tout les sachets plastiques ont droit de cité sur les places de marché. Maintenant, pour emporter leurs emplettes, les marchands fournissent gratuitement aux mères de famille un sachet plastique sans bretelle.

D’après un grossiste d’Analakely, «auparavant, nous réussissions à vendre beaucoup plus de sachets plastiques en termes de volume, maintenant le marché est morose. Notre marge bénéficiaire est réduite et cela est dû à cette mesure concernant l’épaisseur des sachets. Nous prenons les sachets de grand format à 430 ariary et nous les revendons aux détaillants à 450 ariary. Et ces détaillants sont libres de pratiquer les prix de vente qu’ils veulent. Ce qui signifie qu’il n’y pas de prix fixe pour les sachets plastiques ».

Malgré cette hausse de prix, le sachet plastique occupe toujours une grande place dans le quotidien des Malgaches. Même si c’est un produit jetable, il est maintenant d’usage pour certains ménages de conserver les sachets plastiques dans le dessein de les utiliser à chaque achat et par-dessus tout pour faire des économies.

Quel bilan ?

Juste après l’application stricto sensu des termes de la loi, une série de contrôles sur le terrain a été effectuée par les responsables. A un moment donné, les sachets plastiques sont devenus un produit rare. Au début tout le monde s’est plié au texte annonçant dans ce sens la disparition progressive de ce produit. D’ailleurs, en matière de manquement et de violation du texte, les sanctions ne sont pas tendres à l’encontre de leurs auteurs.

L’article 7 dudit décret stipule que «sans préjudices des dommages et intérêts, les délits édictés par l’article 6 sont punis d’une amende de 10 000 à 100 000 ariary et/ou d’un emprisonnement de six mois à trois ans ou de l’une de ces deux peines seulement, suivis de la fermeture de l’activité». A ce sujet, autant dire que ces sanctions concernant uniquement les sachets plastiques d’une épaisseur inférieure ou égale à 50 microns ne font qu’inciter la production d’autres formats.

Quel bilan tirer après une année d’interdiction de la production, la commercialisation et l’utilisation des sachets plastiques (50 microns) ? Il appartient au ministère de tutelle de répondre à cette question. A ne pas oublier que ce décret a été pris en application des dispositions générales de la Charte de l’environnement malgache et de la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières des déchets dangereux et de leur élimination.

Les vieux journaux et papiers …

Quelque temps après l’interdiction de la commercialisation des sachets plastiques, les marchands et les bouchers n’ont pas été à court d’idée. Les vieux journaux et d’autres genres de papier ont vite remplacé les sachets plastiques. Et même si ce n’est pas très pratique, tout le monde n’avait guère le choix.

La plupart des commerçants ont profité de cette occasion pour augmenter les prix des vieux journaux, vendus jusqu’à 3000 ariary le kilo contre 1500 auparavant. Mais en ce moment, ce prix a diminué à 2000 ariary vu que les sachets plastiques sont de retour sur les marchés. Le prix de l’emballage a également flambé (500 ariary), mais comme les sachets plastiques ont la peau dure, ce produit s’achète en ce moment entre 200 et 300 ariary.

Les vieux magazines sont également employés par bon nombre de commerçants, à l’image des vendeurs de cacahuètes ou des marchands de produits de première nécessité (PPN). Ces derniers ont témoigné qu’ils y gagnent davantage en utilisant des vieux journaux car s’ils utilisent 50 sachets d’un montant de 1000 ariary, avec cette même somme ils peuvent acheter des kilos de journaux.

Conséquences néfastes

A cause de leur légèreté, les sachets plastiques s’envolent et atterrissent dans tous les coins et recoins de la ville. Dans la capitale, les canaux d’évacuation d’eaux usées sont presque tous bouchés par des sachets plastiques, ce qui augmentent les risques d’inondations durant la saison des pluies. Force est aussi de constater que les sachets plastiques composent la majeure partie des ordures ménagères.

Selon les analyses des scientifiques, les sachets plastiques ne se dégradent qu’après 100 à 400 ans. Faut-il préciser que le plastique est constitué de polyéthylène, une substance d’origine pétrolière. Leur production émet des gaz à effet de serre qui provoquent le réchauffement climatique.

Les sachets plastiques peuvent également engendrer le cancer. Du reste, déversés dans les canaux d’évacuation d’eaux, ils favorisent les gîtes larvaires pour les moustiques, qui provoquent le paludisme. Et avec l’insalubrité ambiante et le blocage de l’écoulement des eaux, les risques de choléra ne sont pas moindres.

Page réalisée par Mamisoa A.

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