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La Réunion Kely : plus de 2 000 occupants actuellement

La Réunion Kely  : plus de 2 000 occupants actuellement

Les familles défavorisées, appelées sous le sobriquet de 4mi, qui habitent La Réunion kely d’Ampefiloha, comptent actuellement plus de 2 000 membres, selon le responsable de ce quartier, Radoniaina Ranjalahy, connu sous le nom de Karana dans le secteur.

Un univers cosmopolite

Les occupants sont répartis dans 218 toits dont plus de 60 % d’entre eux sont des enfants. La majorité d’entre eux sont issus du monde rural des régions, entre autres,Toliara, Fianarantsoa, Ambatondrazaka, sans compter celle d’Analamanga. «Leurs lieux d’origine ne leur permettant plus de vivre, ils sont venus tenter leur chance dans la capitale», a indiqué Karana, président fondateur de l’association VSMF ou «Vahoaka sahirana mijoro ho an’ny fampandrosoana», littéralement, des défavorisés qui luttent pour leur développement.

Occupant les lieux depuis 12 ans, Karana a été élu successivement par les habitants de La Réunion kely pour être le responsable de leur quartier.

Six familles sont les dernières en date, au début de cette semaine, pour compléter ce nouveau chiffre dans ce quartier. Des familles venant d’Ambatondrazaka.

«Certes, on est déjà à l’étroit sur les lieux, mais chaque toit a dû céder quelques surfaces pour les accueillir. Tout un chacun compatit ainsi à leur sort, ayant déjà passé par la même situation auparavant», a souligné Radoniaina Ranjalahy. Lui de noter toutefois, que l’intégration des nouveaux venus se fait après une petite enquête sur leurs lieux d’origine et la raison qui les pousse à choisir La Réunion kely. L’adoption définitive n’est prise qu’après la consultation des avis des anciens du quartier.

La vente des objets récupérés pour survivre

Comme c’est le cas ailleurs, la majorité des activités de La Réunion kely reposent aussi sur la vente. Toutefois, à la différence que leurs articles sont composés d’objets récupérés, en particulier des boîtes de conserves et des bouteilles en plastique trouvés dans les bacs à ordures. Certes, on y trouve aussi des ustensiles de cuisine, des radios ou encore des téléphones portables, mais largement de moindre qualité que ceux qu’on a l’habitude de voir chez les brocanteurs ou dans les magasins spécialisés dans la vente d’articles de deuxième main.

Selon les dires d’une marchande de ce quartier, une jeune veuve et mère de 5 enfants, sa recette quotidienne varie de 2 000 à 4 000 ariary. Une somme qui n’arrive pas à combler ses besoins. A part vider les poubelles, elle fait ainsi d’autres petits métiers dans les autres quartiers avoisinant, en particulier aux 67 ha, dans le but d’arrondir un peu le revenu familial. Des petits métiers comme lessiveuse ou débarrasseuse d’ordures ménagères.

A noter que ces 4mi ont aussi leur propre marché jouant le rôle de distributeur de leurs articles. Il se trouve à 100 m de la barrière ferroviaire d’Ampefiloha si on longe le canal d’Andriantany, dans le quartier de Manarintsoa. Une fois que la Commune urbaine d’Antananarivo (CUA) les a interdits de faire commerce dans tous les endroits de la ville, ils ont ainsi décidé de monter leur propre marché dans cet endroit. Un terrain de 3 ares a été donné par un particulier à leur intention, monnayant un ticket journalier de 200 ariary par marchand. De ce fait, ce «proprio» joue le rôle de contrôleur de marché. Il engage quelques hommes pour le seconder afin d’assurer l’harmonie et la sécurité des lieux. Ainsi, presque toutes les règles d’un marché sont observées à Manarintsoa.

Juste des papiers

Selon toujours Radoniaina Ranjalahy, l’absence de papier administratif, comme l’acte de naissance ou la copie pour les enfants et la carte d’identité nationale pour les adultes, constitue un handicap qui bloque l’amélioration de la situation des habitants de La Réunion kely. «Cette situation ne nous permet pas de trouver un emploi, même temporaire, notamment pour les hommes. Or, certains d’entre nous sont qualifiés pour devenir des manœuvres ou à d’autres fonctions similaires», a-t-il indiqué. «Nous préférons de loin qu’on nous aide sur ce point, car pour les vivres, nous nous débrouillons tous les jours pour en trouver», a-t-il conclu.

A part ce problème de papier, le président du VSMF a aussi mentionné le besoin imminent d’assainissement des lieux, profitant de l’arrivée de la saison sèche. En effet, comme tous les bas quartiers, La Réunion kely n’échappe pas à la règle en saison de pluie. Il se trouve aussi envahi par l’eau, ce qui est facilité par la présence du canal d’Andriantany. Une situation qui affecte la santé des enfants, notamment, les tout-petits. En cette période, ces derniers sont frappés par les maladies respiratoires et les diarrhées.

Et vu la contiguïté des habitations, ces maladies se propagent vite, faisant ainsi de nombreuses victimes.

Un instrument de propagande

Le président du VSMF n’a pas oublié de mentionner que, concernant les ONG et les différents responsables étatiques qui se sont succédé, leur présence n’a servi que de propagande, depuis la quinzaine d’années où il a vécu sur les lieux. «Après les tam-tam médiatiques durant la distribution des vivres et les promesses qu’ils vont s’occuper de nous, leurs actions sont restés sans suite. A preuve, La Réunion kely reste toujours La Réunion kely, sauf que les occupants ne cessent d’augmenter», a-t-il mentionné. «Lors de ces soulèvements populaires, ce sont les habitants de La Réunion kely qui ont renforcé le nombre des participants, non pas ceux des autres bas quartiers qu’on a l’habitude de véhiculer», témoigne-t-il.

Lui de souligner ensuite que ces différents responsables qui se sont succédé l’ont déjà invité depuis, à venir à leurs sièges respectifs en lui soumettant divers projets qu’ils vont réaliser à l’intention des habitants de ce quartier pour les faire sortir de cette situation précaire. Des projets qui manquent de mesures d’accompagnement, ou qui se trouvent après sans suite. Il a cité ainsi, à titre d’exemple, les différents sites d’accueil qu’on leur avait déjà proposés, voire même constatés de visu. «Beaucoup d’entre nous ont préféré déserter ces endroits du fait qu’ils n’ont rien à manger en attente de la première production. De plus, ces sites se trouvent très loin de la ville, et par conséquent on ne trouve rien pour survivre, comme c’est le cas ici à La Réunion kely», a déploré Radoniaina Ranjalahy. Et on les accuse par la suite d’absence de volonté pour sortir de leur situation.

Fugue des enfants

Un des problèmes que rencontrent les habitants de La Réunion kely est la fugue de leurs progénitures. Les raisons en sont diverses, allant de la maltraitance par les parents, au petit vol commis chez eux. La situation précaire au sein de leurs ménages respectifs les pousse à se laisser aller dans cette liberté éphémère qu’est la fugue.

C’est dans cette situation que des centres de réinsertion les récupèrent par le biais de leurs assistantes sociales. Ces dernières leur proposent le gîte et le couvert. Puis, petit à petit, au bout de 4 à 5 jours, si le pensionnaire s’y plaît, le centre commencera à mener ses prérogatives envers lui. Cela commence par le contact des parents pour avoir l’autorisation de prendre en main son éducation. L’autorisation, une fois acquise, le centre procède à la régularisation des paperasses administratives le concernant et à sa prise en main. Des enfants de La Réunion kely ont pu être sauvés ainsi, grâce à cette procédure. «Mais le nombre des bénéficiaires est encore limité», a témoigné une mère de famille.

Page réalisée par Sera R.

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