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Reflet de la semaine – Attentats de Bruxelles : les dernières avancées de l’enquête

Reflet de la semaine – Attentats de Bruxelles  : les dernières avancées de l’enquête

C’était le seul homme inculpé dans le cadre de l’enquête sur les attentats revendiqués par l’Etat islamique qui ont fait 32 morts à Bruxelles le 22 mars. Fayçal Cheffou, poursuivi depuis samedi dernier pour assassinats terroristes et tentative d’assassinats terroristes dans le cadre de l’enquête ouverte en Belgique, a été remis en liberté, a annoncé le parquet fédéral belge.

«Les indices qui avaient entraîné l’arrestation du nommé Fayçal C. n’ont pas été confortés par l’évolution de l’instruction en cours. En conséquence, l’intéressé a été remis en liberté par le magistrat instructeur », a déclaré le parquet dans un communiqué, sans autre précision.

Cheffou libéré, une arrestation en Italie

Fayçal Cheffou avait été arrêté jeudi 24 mars avec deux autres personnes, dans une voiture stationnée devant le parquet fédéral, en plein centre de Bruxelles. Les enquêteurs avaient tenté d’établir son rôle exact lors de l’attaque terroriste de l’aéroport de Zaventem, au côté de deux kamikazes – Najim Laachraoui, coordinateur et artificier présumé des attentats du 13 novembre en France, et Ibrahim El Bakraoui –, ou lors de l’attaque du métro Maelbeek, au côté du kamikaze Khalid El Bakraoui.

Connu notamment pour un vol de matériels à la police de Molenbeek, en 2002, Fayçal Cheffou avait été dénoncé au parquet par le maire de Bruxelles en 2015. Il tentait apparemment de recruter des demandeurs d’asile pour le djihad. En 2014, il se présentait comme journaliste indépendant, dans une vidéo publiée sur YouTube. Le sujet de son reportage : le respect du ramadan dans un centre de demandeurs d’asile. Le parquet a précisé dans un communiqué qu’aucune arme ni aucun explosif n’avaient été trouvés lors de la perquisition de son domicile.

Un ressortissant algérien, Djamal Eddine Ouali, a été arrêté à la demande de la justice belge, le 26 mars dernier, dans la région de Salerne, près de Naples, dans le sud de l’Italie. Selon des sources policières citées par plusieurs médias italiens, l’homme de 40 ans était visé par un mandat d’arrêt européen émis en Belgique dans le cadre d’une enquête sur des documents falsifiés utilisés par des kamikazes des attentats du 13 novembre ainsi que par certains de leurs complices. Complice présumé des terroristes de Bruxelles, il devrait être extradé dans les prochains jours vers la Belgique.

Toutes les victimes ont été identifiées

Le bilan officiel des deux attaques terroristes, donné mardi soir, est de 32 morts (auxquels s’ajoutent les trois kamikazes) et 350 blessés. Toutes les victimes ont été identifiées. Le centre de crise a précisé que 17 Belges et 15 personnes de nationalité étrangère figuraient parmi les victimes.

Vendredi dernier, le Quai d’Orsay a annoncé qu’un Français – dont l’identité n’est pas encore connue – figurait parmi les tués. Parmi les autres étrangers morts dans les attentats se trouvent au moins quatre Américains, trois Néerlandais, une Allemande, un Britannique, un Chinois, une Italienne, une Marocaine et une Péruvienne. L’alerte pour menace terroriste a été établie au niveau 3 (sur 4) en Belgique.

L’attentat à l’aéroport de Zaventem

Deux explosions meurtrières se sont produites. La première à 7 h 58 dans le hall des départs, au niveau de la rangée 11 ; la seconde quelques secondes plus tard, à hauteur de la rangée 2. Le procureur a également évoqué la photo diffusée par la police : l’homme au milieu sur l’image de vidéosurveillance, mort en kamikaze en faisant sauter son sac rempli d’explosif, a été identifié grâce à ses empreintes digitales comme étant Ibrahim El Bakraoui, né en 1986 et de nationalité belge.

Selon les informations du Monde, l’homme à gauche sur l’image a été identifié par son ADN comme étant Najim Laachraoui. Ce Belge de 25 ans, coordinateur et artificier présumé des attentats du 13 novembre en France, est mort de la même manière à l’aéroport.

Le troisième homme, à droite sur la photo, portant une veste de couleur claire et un chapeau, est en fuite. Il a laissé dans l’aéroport un sac qui contenait la charge explosive la plus importante. Peu après l’arrivée des équipes de déminage, ce sac a explosé, le mélange qu’il contenait étant instable, mais sans faire de victime. Cet individu est activement recherché. Il présente des points de ressemblance avec Fayçal Cheffou. Aucune arme de poing ou de guerre n’a été trouvée à l’aéroport.

L’attentat dans le métro

L’explosion a eu lieu à la station de métro Maelbeek. Elle s’est produite dans le deuxième des trois wagons d’une rame, alors que celle-ci s’apprêtait à quitter la station en direction d’Arts-Loi. Le kamikaze a été identifié grâce à ses empreintes. Il s’agit de Khalid El Bakraoui, frère d’Ibrahim, né à Bruxelles le 12 janvier 1989, de nationalité belge. Les deux frères avaient de lourds antécédents judiciaires non liés au terrorisme.

Selon les informations, un complice est activement recherché. Il a été filmé mardi dernier, portant un gros sac, par les caméras de vidéosurveillance du métro bruxellois en compagnie de Khalid El Bakraoui, peu avant que ce dernier ne se fasse exploser dans la station de Maelbeek.

Les perquisitions et le «testament» d’Ibrahim El Bakraoui

Un chauffeur de taxi, qui a déposé les trois suspects à l’aéroport et s’est par la suite signalé à la police, a permis d’identifier le lieu d’où étaient partis les terroristes : la rue Max-Roos, à Schaerbeek, une commune de Bruxelles. Une perquisition a abouti à la découverte de 15 kilogrammes d’explosif de type TATP, 150 litres d’acétone, 30 litres d’eau oxygénée, des détonateurs et une valise remplie de clous et de vis, ainsi que du matériel destiné à confectionner des engins explosifs (bacs en plastique, ustensiles divers, ventilateurs). Une autre perquisition menée à Schaerbeek a, elle, abouti à l’interpellation d’un homme, actuellement entendu par les enquêteurs.

Les enquêteurs ont aussi retrouvé, dans une poubelle de la rue Max-Ross, un ordinateur portable qui contenait un document présenté par le procureur comme le « testament » d’Ibrahim El Bakraoui. L’homme y déclare être «dans la précipitation» et «ne […] plus [savoir] quoi faire», «[être] recherché de partout, ne […] plus [être] en sécurité». Il explique aussi que «s[’il s’]éternise», il risque de terminer «dans une cellule», «avec lui», faisant référence, semble-t-il, au suspect-clé des attentats de Paris et Saint-Denis, Salah Abdeslam, arrêté le 18 mars à Molenbeek, une commune bruxelloise.

Cet homme, incarcéré dans une prison belge et suspecté d’être un logisticien des attentats du 13 novembre, «était prêt à refaire quelque chose» à Bruxelles, avait affirmé le 20 mars le ministre des affaires étrangères de Belgique. Ses empreintes avaient été retrouvées dans un appartement de Schaerbeek le 10 décembre. Quant aux frères El Bakraoui, ils étaient déjà recherchés dans le cadre de l’enquête sur les attentats du 13 novembre, depuis la perquisition d’un appartement – dans lequel Salah Abdeslam a séjourné – qui a viré à la fusillade, le 15 mars, à Forest, une autre commune bruxelloise.

Opération policière en cours en Belgique

Une opération policière est en cours à Courtrai en Belgique, près de la frontière avec la France, annonce le parquet fédéral belge. Elle est en lien avec l’attentat déjoué en France la semaine dernière. Dans cette affaire, plusieurs hommes ont été arrêtés, dont Reda Kriket, mis en examen notamment pour association de malfaiteurs terroriste criminelle.

Un porte-parole du parquet fédéral, Eric Van Der Sypt a précisé que la perquisition se déroulait à Marke, dans la ville de Courtrai et «qu’ à ce stade», il n’y avait pas eu d’interpellations. Selon les premières images diffusées par les médias locaux, l’opération se déroule dans le quartier résidentiel de Rodenburg, qui longe l’autoroute E17 au sud de cette ville flamande proche de la frontière française et a été bouclé par la police et l’armée.

«Réseau terroriste prêt à passer à l’acte»

Dans l’affaire de l’attentat déjoué, Reda Kriket, un Français de 34 ans, avait été arrêté le 24 mars dernier en région parisienne. Dans l’appartement qu’il occupait, les policiers avaient découvert fusils d’assaut, armes de poing et explosifs, dont du TATP, l’explosif artisanal prisé par les jihadistes de l’EI. Lors de son arrestation, le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve avait annoncé la mise «en échec (d’)un projet d’attentat en France conduit à un stade avancé», sans donner de détails.

«A ce stade des investigations, si aucune cible précise projetée n’a pu être identifiée, tout laisse néanmoins à penser que la découverte de cette cache a permis d’éviter la commission d’une action d’une extrême violence par un réseau terroriste prêt à passer à l’acte», a souligné mercredi soir le procureur de Paris, François Molins.

Le gouvernement belge reconnaît des « erreurs »

Au lendemain des attentats, Recep Tayyip Erdogan, le président turc, affirmait que ses services avaient intercepté Ibrahim El Bakraoui en juin 2015, tout près de la frontière syrienne, avant de l’expulser le mois suivant aux Pays-Bas, en signalant aux autorités belges qu’il s’agissait probablement d’un combattant de l’Etat islamique.

Mis en difficulté par cette information, le gouvernement belge a reconnu des «erreurs», mais Charles Michel, le Premier ministre belge, a refusé la démission de Jan Jambon et Koen Geens, les ministres de l’Intérieur et de la Justice. En réaction aux déclarations du président turc, les autorités belges s’étaient d’abord bien mal défendues en expliquant que le frère aîné El Bakraoui était seulement connu des services en tant que «criminel de droit commun en liberté conditionnelle» – en 2010, il été condamné à neuf ans de prison pour avoir tiré en 2010 à la kalachnikov sur des policiers lors d’un braquage. Sauf que son renvoi en prison pour violation des termes de sa libération conditionnelle n’a jamais été décidé…

Vendredi dernier, le ministre des Affaires étrangères belge a indiqué devant le Parlement que l’ambassade belge à Ankara n’avait pas eu connaissance du deuxième refoulement d’Ibrahim El Bakraoui de Turquie en août 2015, évoquée par Ankara. Son frère Khalid faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international et d’un mandat d’arrêt européen depuis le 11 décembre 2015, émis par le magistrat d’instruction en charge de l’enquête relative aux attentats de Paris. Selon «La Dernière Heure», le nom de cette ancienne figure du grand banditisme n’apparaissait pas dans la section avis de recherche de la police fédérale.

Page réalisée par Joachin M.

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