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Union Européenne Antonio Sanchez-Benedito : « La bonne gouvernance est la base du développement »

En déplacement dans la localité de Taolagnaro, les 17 et 18 mars derniers, dans le cadre d’un dialogue politique, la délégation de l’Union européenne conduite par l’ambassadeur Antonio Sanchez-Benedito, les ambassadeurs au sein de cette entité, ainsi que la partie malgache conduite par le Président de la République Hery Rajaonarimampianina ont pu constater de visu les réalités de la population. Pour l’Ambassadeur de l’Union européenne, l’engagement de l’Etat est primordial.

*Les Nouvelles : Vous venez de visiter des chantiers en cours de concrétisation avec le Chef de l’Etat. Vos impressions ?

-Sanchez-Benedito : Je crois que le plus important, à travers les projets que nous avons visités avec le président de la République et le groupe d’ambassadeurs de l’Union européenne, c’est que notre travail a porté des fruits. Il y a déjà des résultats qui sont visibles. C’est le constat général de toute la mission aujourd’hui.

*Et le projet de l’UE…

-Lors des échanges avec la population locale et les responsables locaux, nous avons remarqué que la coopération avec l’Union européenne est efficace, et a un impact direct sur les conditions de vie de la population malgache. En même temps, nous constatons qu’il reste beaucoup de travail à faire. Ça c’est une toute petite partie quand on regarde les énormes besoins, surtout dans le Sud où prévaut une situation de grande fragilité, d’énorme vulnérabilité qui a été aggravée par la sécheresse. En tout cas, en ce qui concerne l’Union européenne nous essayons de travailler en même temps dans les services sociaux de base relatifs à l’éducation et à la santé à travers les programmes Passoba-santé et Passoba-éducation, mais aussi dans la promotion de l’agriculture pour le développement rural.

*Outres les infrastructures, d’autres actions sociales sont également entamées…

-Nous avons visité aujourd’hui une coopérative de producteurs de miel, mais en même temps avons eu l’occasion de constater de visu l’avancement de la mise en œuvre de certains projets en matière d’infrastructure, et d’aide humanitaire. Ainsi, d’un coté, il y a des actions à très court terme qui favorisent l’amélioration des conditions de vie de la population, mais de l’autre nous avons également une vision à plus long terme. Et c’est dans cette optique que nous inscrivons le travail en matière d’infrastructure énergétique. En effet, avec le PRM, nous avons également inauguré une centrale électrique solaire. En matière de route, nous avons pu constater l’état calamiteux des RN12A et RN13. Nous allons travailler là-dessus. Ce faisant, nous allons essayer d’établir une connexion entre les populations, de favoriser la mobilité, et en même temps de rapprocher les centres de production aux centres de consommation.

*Justement à propos des RN13 et RN12A, quand est-ce que les travaux vont commencer et qu’en est-il du financement ?

-Les travaux sont d’ores et déjà lancés. Il est vrai que l’Union européenne a parfois des procédures qui peuvent paraitre un peu plus lourdes mais nous mettons beaucoup l’accent sur la qualité et la transparence des procédures, ainsi que la libre concurrence. Nous lançons toujours des avis d’appel d’offres international et essayons de nous assurer que tous les travaux sont bien supervisés dans la mesure du possible et que les résultats finaux sont bons. Pour le moment, nous sommes au stade des études préliminaires. Concernant la RN13, les études sont un peu plus avancées et nous sommes déjà au stade de l’avant-projet. Pour ce qui est de la RN12A, nous lancerons l’avant-projet d’ici peu. Bref, nous estimons que les travaux physiques pourront commencer pour les deux axes au début de l’année prochaine.

*Pour dire que le financement entre dans le cadre du 11è Fed ?

-Oui, effectivement, mais avec une modalité qui est un peu nouvelle. Nous nous sommes rendu compte, surtout pour les infrastructures, que nos possibilités de financement ne sont pas suffisantes. Alors nous essayons de travailler de manière à ce que les fonds mis à disposition par l’Union européenne puissent également avoir un effet multiplicateur. Nous travaillons selon la modalité «Blending», c’est-à-dire qu’il y a une partie don, qui est la partie principale mise à disposition par l’Union européenne ; ensuite il peut y avoir une partie prêt qui est octroyée par la Banque européenne d’investissement (BEI), avec bien entendu les conditions concessionnelles y afférentes ; enfin, il y a d’autres partenaires qui peuvent s’associer et contribuer financièrement à ces projets d’infrastructures. Nous sommes ouverts, à travers cette modalité «Blending» à un nouveau régime de facilité, notamment l’«Africa investment facility» (Afif). L’idée est de créer des économies fiscales en travaillant avec d’autres partenaires et en mobilisant plus de ressources.

*Le gouvernement a-t-il déjà présenté des projets en rapport avec le 11è Fed ?

-Comme vous le savez, le document stratégique pour la mise en œuvre du 11è Fed, c’est le Programme indicatif national (Pin). Celui-ci a été signé en novembre de l’année dernière. Nous sommes maintenant au stade de la mise en œuvre. C’était d’ailleurs lors de la signature du Pin que le gouvernement a pu transmettre les projets. C’était aussi le cas avec le Plan national de développement (PND) et les autres documents stratégiques entrant dans le cadre du développement. Nous avons travaillé avec la société civile et le secteur privé. Finalement le Pin n’est pas une imposition de la part de l’Union européenne, c’est un document bilatéral. C’est pour cela qu’il a été signé d’une part par le Président de la République de Madagascar, et d’autre part par le Commissaire européen. Maintenant, nous sommes au début de la mise en œuvre, et l’année prochaine nous commencerons à faire un bilan ou une analyse à mi-parcours de la mise en œuvre du 11è Fed, il peut y avoir quelques ajustements et quelques adaptations mais pour le moment notre document de base, c’est le Pin qui établit les priorités et thématiques géographiques.

*A ce sujet, quelles sont les axes prioritaires ?

-Ces dernières concernent le Nord, autour d’Antsiranana, mais il y a aussi l’axe Antananarivo-Toamasina et le grand Sud, autour de Taolagnaro. Toujours dans l’optique de travailler avec une vision de la reprise économique, nous essayons de trouver des pôles de croissance, avec des capacités de dynamisation économique, d’exportation. C’est le cas par exemple de Taolagnaro, qui regorge de ressources naturelles avec une possibilité de travailler dans le commerce, dans l’exploitation des matières premières de manière soutenable et respectueuse de l’environnement, avec une population jeune qui peut fournir une bonne main-d’œuvre ; mais malheureusement, nous constatons que la croissance est très morose.

*Mis à part le 11è Fed, vous avez aussi évoqué les fonds régionaux. Qu’en est-il de ces fonds ?

-Le Fed se décline en enveloppe nationale. Chaque pays partenaire de l’Union européenne a son propre Pin, qui se décline aussi en fonds régionaux, lesquels sont canalisés à travers les organismes internationaux partenaires de l’Union européenne. Madagascar fait partie de trois organisations internationales d’intégration régionale, en l’occurrence la COI, la Sadc et le Comesa qui va organiser son prochain sommet dans la capitale malgache. L’union européenne travaille avec ces trois organisations. C’est le cas de deux grands projets relatifs à l’agriculture et à la sécurité maritime qui sont chers à la COI et soutenus par l’Union européenne. L’Union européenne en fait fournit 85% des programmes de la COI. Il y a également l’Accord de partenariat économique (APE) qui est un autre instrument d’intégration des organisations. En matière de compétitivité, des fonds sont disponibles au sein de l’APE ; en matière de partenariat économique, il existe des fonds thématiques en matière d’énergie, par exemple ou en matière de sécurité alimentaire ou de démocratie, d’autorité locale, de changement climatique qui sont des interventions un peu plus ponctuelles mais au final ce sont là des instruments. Pour dire qu’il y a une myriade d’instruments mais il y a une solution d’ensemble qui consiste à travailler pour le développement de Madagascar sur la base des critères du gouvernement, avec une utilisation à bon escient des fonds.

*Les conditions sont-elles donc les mêmes pour bénéficier des fonds régionaux ou des autres instruments ?

-Oui, la bonne gouvernance est la base. Ce n’est pas l’Union européenne qui le dit, il y a un consensus international là-dessus. La base du développement est la bonne utilisation des fonds de développement, c’est toujours la bonne gouvernance. C’est, par exemple, la clé de voute des nouveaux Objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030 dans le cadre des Nations unies. J’ai aussi rappelé hier que malheureusement, Madagascar n’a pas fait beaucoup de progrès pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). C’est pratiquement l’un des pays qui ont fait le moins, et les progrès en ce qui concerne les ODD représentent une nouvelle opportunité, une seconde chance afin de faire mieux. A la base des ODD, il y a toujours la bonne gouvernance comme préalable.

Et la lumière fut à Mahatalaky

Une aubaine pour la population locale. Grâce à l’énergie solaire, Mahatalaky bénéficie désormais de l’électricité, à travers la mise en place de la centrale Boreale ou «Best options for rural energies and acces to light and electricity» de 15 kva. Le projet Boréale est financé par la facilité de crédit énergie du 10è Fed à travers un appel à propositions à tous les pays ACP. Le budget de ce projet qui couvre cinq communes rurales dans l’Anosy et l’Androy s’élève à 3 millions d’euros. «Ce chef-d’œuvre est le meilleur exemple de l’électrification par l’énergie solaire que nous allons étendre dans l’avenir aux autres régions», a d’ailleurs déclaré le Président de la République, lors de l’inauguration de la centrale.

L’Union européenne s’implique davantage dans l’Anosy

Outre l’école primaire publique (EPP) de la commune de Mahatalaky, le centre de santé de base (CSB) local a également reçu la visite de la lourde délégation. Plusieurs projets, entre autres les Programmes d’appui aux services sociaux de base en matière de santé (Passoba-santé) et d’éducation (Passoba-éducation), financés par l’Union européenne à travers les régions bénéficiaires – dont l’Anosy – ont fait l’objet d’une évaluation de l’avancement de leur mise en œuvre. Concernant le Passoba-santé, il s’agit d’améliorer la qualité des services de soins dans les CSB par la dotation de matériels et équipements médicaux, de réhabiliter les infrastructures sanitaires, d’approvisionner en médicaments les pharmacies à gestion communautaire (Phagecom), et de renforcer les capacités du personnel médical.

La réhabilitation de la RN12 A et la RN13

L’un de fleurons de la coopération avec l’Union européenne, précisément dans cette partie de l’île, sera sans nul doute la réhabilitation de la RN12A (reliant Taolagnaro à Vangaindrano) et de la RN13 (Vers Andranovory). Ces deux axes, dont les grands travaux débuteront l’année prochaine entrent dans le cadre du processus de désenclavement cher à l’Etat mais aussi aux partenaires techniques et financiers (voir interview, par ailleurs).

A travers la coopération allemande, en l’occurrence la Giz, l’appui à la production de miel, à l’élevage caprin, à la production de haricots Niébé et de ricin est effectif. Un projet qui touche environ 20.000 ménages dans la zone d’intervention. Le Président de la République et les ambassadeurs européens ont, en tout cas, porté un vif intérêt à ce projet mis en œuvre à Mangaika sur la RN12A, dans la commune d’Ampasy-Nahampoana, notamment l’exemple de la production de miel. Les producteurs ruraux se sont professionnalisés dans la filière miel, en partenariat avec le secteur privé, à travers un volet du programme «Amélioration de la sécurité alimentaire et augmentation des revenus agricoles» (Asara), mis en œuvre par l’Union européenne dans le Sud.

Réalisée par J. Patricius

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