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Contre-nature

Contre-nature

Les photos des acteurs politiques de premier plan au sein du Tim et du Mapar, lors de la célébration de la Journée du syndicalisme à Mahamasina continuent de faire débat. Et pour cause, les deux partis, qui se positionnent jusqu’ici comme des opposants au régime même sans le déclarer officiellement, ont tous les arguments pour faire valoir une éventuelle alliance. C’est le cas, par exemple, des différentes critiques formulées à l’endroit du régime concernant les pratiques électorales malsaines lors des sénatoriales ou encore la persistance des trafics en tout genre. Mieux encore, les espoirs déçus depuis janvier 2014 au moment où tous les espoirs étaient permis restent également un argument de poids pour se faire entendre d’une seule et même voix.  Mais tout cela n’est finalement que le côté illogique de l’exception culturelle malgache.

Car la logique veut que les partisans respectifs de Ravalomanana et de Rajoelina ne s’entendront pas de sitôt, voire jamais. C’est que, mis à part leur égocentrisme, les deux personnages sont à l’origine de cinq ans de crise. Et que, comme l’un reste jusqu’ici le tombeur de l’autre, les différends latents ne manquent pas. A l’accusation de massacre de manifestants, l’autre pourra toujours répondre par la révision de son procès, en mettant en avant le non-respect de la démocratie, tout comme il pourra également répliquer par la perte de ses biens lors des manifestations. Et ainsi de suite. Lorsque l’on sait en outre que l’un est connu davantage pour son esprit de vengeance que sa magnanimité, les analyses ne manquent pas pour scruter le moindre geste qui s’apparenterait à une amorce de «dialogue». C’est sans compter sur la pratique politique malgache, qui veut que la logique se résume en quelques mots, à savoir l’ennemi de mon ennemi est mon ami. Point barre. Les autres considérations idéologiques, pratiques ou morales sont pour les autres. Ce n’est pas pour nous autres Malgaches, qui ne fonctionnons que dans le respect de nous-mêmes et de notre intérêt, aussi minime soit-il.

Cela étant, si demain ou après demain, les deux camps censés se regarder à chaque fois en chiens faïences, se tendent la main et font cause commune, alors il n’y aura rien de plus normal. A ce moment-là, les petits partisans des deux camps peuvent penser tout ce qu’ils veulent penser, cela n’empêchera pas leurs chefs de file de filer le parfait amour car il suffit que leurs intérêts se croisent pour que cela devienne réalité. Aujourd’hui, comme tous les yeux sont encore rivés sur l’année 2018, alors chacun tente d’apporter de l’eau à son moulin et de calmer les esprits. Leurs lieutenants examinent encore la portée «historique» de leur photo en balayant d’un revers de main la concrétisation d’une alliance. Cependant personne n’est dupe, tout peut encore arriver, en attendant le grand moment. Une alliance qui, a priori contre-nature, pourrait s’avérer incontournable face à un adversaire coriace. On ne sait jamais…

Haja Ramasindray

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