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Reflet de la semaine – Le baril plein coûte moins cher qu’un baril vide !

Au mois de janvier, le prix d’un baril de pétrole a chuté à moins de 28 dollars (près de 25,70 euros), soit moins cher que le prix du baril lui-même. Depuis juin 2014 où il valait plus de 110 euros, le pétrole a perdu 75 % de sa valeur.

Le prix du pétrole est à la baisse, tout d’abord en raison d’un ralentissent de la croissance chinoise qui réduit donc sa demande. Du côté de l’offre, les États-Unis produisent et exportent de plus en plus de pétrole, ajouté au refus de l’Arabie Saoudite de baisser sa production, la production mondiale de pétrole augmente. La production américaine de pétrole est devenue leader dans ce marché et rafle alors la première place à l’Arabie saoudite, une première depuis 2015. Dans le même temps, les pays de l’Opep ne veulent pas réduire leur production et souhaitent continuer à concurrencer les États-Unis.

France

Entre le 1er avril 2014 et le 1er avril 2015, le taux de marge des entreprises a progressé d’environ 1,8 point. Et, selon les économistes, une partie de cette amélioration provient de la baisse du prix du pétrole. Cela représente une économie totale d’environ 13 milliards d’euros pour les entreprises françaises.

En ce qui concerne les entreprises Françaises, ce sont surtout les secteurs qui sont des gros consommateurs de pétrole qui verront leur facture à la baisse. Il en est de même pour les entreprises de transport aérien avec des prix pour le carburant moindre. Mais cet impact sur les marges des entreprises qui utilisent énormément cette matière première comme les transports routiers, l’industrie de la chimie, est à relativiser car les clients demandent une répercussion sur leur prix à la baisse comme l’explique Didier Vely, le directeur des affaires économiques à l’Union des industries chimiques (UIC) : «Cette baisse est aussitôt répercutée sur nos clients industriels, comme l’automobile et les fabricants de plastique». Donc les prestations sont par exemple moins chères pour les clients qui utilisent le transport routier ou encore les clients de l’industrie de la chimie. Dans le secteur de la chimie, la baisse de 1,4 milliard d’euros a donc profité aux clients. En moyenne les ventes de carburant représentent 30 milliards d’euros par an pour l’Etat, ce qui en fait la quatrième ressource fiscale.

États-Unis

Auparavant, les États Unis n’exportaient pas leur pétrole, en raison de la pénurie d’essence qu’a connu ce pays dans les années 70 suite à l’embargo des pays de l’OPEP. Mais un accord de principe a été trouvé entre les leaders du congrès qui rend désormais possible aujourd’hui les exportations de pétrole. Même si le président américain et de nombreux démocrates étaient contre ces levées d’interdiction, l’industrie américaine était quant à elle impatiente de trouver des débouchés pour sa production car pour eux, ils ont la meilleure technologie, le meilleur pétrole et il est donc possible à long terme de supplanter le pétrole saoudien, Russe, Iranien… De plus, les stocks de produits bruts américains n’ont jamais été aussi élevés car avec la technique de la fracturation hydraulique horizontale, les États unis ont plus que doublé leur production. En ce qui concerne les effets négatifs, ils se font surtout ressentir dans les pays exportateurs de pétrole qui vendent leur pétrole moins cher et donc obtiennent moins de recettes.

Russie

Pour la Russie, avec une estimation du prix moyen du baril à 60 dollars, les pertes sur les exportations de produits bruts (produit pétrolier et gaz naturel) sont évaluées à 150 milliards de dollars, soit une baisse équivalente à 7 % de leur PIB national. La situation devient donc critique. Alors que sur l’année 2015, la production n’a jamais été aussi élevée pour atteindre 10,7 millions barils par jour, les recettes sont une nouvelle fois en baisse. Ceci est très inquiétant pour la Russie qui tire 50 % de ses recettes budgétaires de la vente de pétrole. Pour l’année 2015, le président Poutine a évalué à 3 % la chute du PIB, et si le prix du pétrole continue à baisser, le PIB pourrait à nouveau chuter pour l’année 2016 selon la banque centrale russe. Le rouble a décroché de plus de 2 %, et s’échangeait à plus de 76 roubles pour 1 dollar au 1 er janvier 2016. Cela conduit Vladimir Osakovskiy, chef économiste pour la Russie, au pessimisme : “nous estimons que si le prix du pétrole reste son leur niveau actuel ou tombe autour de 30 dollars le baril, l’économie russe accusera une récession considérable pour la deuxième année consécutive”. L’État russe a prévenu que faute de rebond des cours du brut du pétrole, il devrait imposer des mesures d’austérité, comme une hausse des impôts et la prolongation pour une troisième année du gel des salaires des fonctionnaires. De plus, ce pays et d’autres connaissent en général une baisse rapide et importante de leur taux de change face au dollar, en seulement 1 an, le rouble a perdu presque 20% face au dollar.

Une relance à la hausse …avec scepticisme

Quatre des principaux pays producteurs de pétrole ont annoncé mardi dernier avoir conclu un accord pour geler leur production de brut, mais à condition d’être suivis par d’autres grands exportateurs. Il s’agit là d’un point de blocage potentiel majeur avec l’Iran, puisque Téhéran entend augmenter ses pompages.

Les ministres du Pétrole d’Arabie saoudite, de Russie, du Qatar et du Venezuela ont annoncé cet accord à l’issue d’une réunion impromptue à Doha, la première organisée à un tel niveau de responsabilité depuis plusieurs mois, pour tenter de soutenir le prix du baril, tombé le mois dernier à son plus bas niveau depuis 12 ans.

Le ministre saoudien Ali Al-Naïmi a déclaré quant à lui espérer que cet accord serait adopté par d’autres producteurs, au sein de l’OPEP et en dehors. «C’est très important, nous ne voulons pas de fluctuations fortes des cours, nous voulons répondre à la demande. Nous voulons un prix du pétrole stable», a-t-il dit. Son homologue vénézuélien, Eulogio Del Pino, a précisé qu’il se rendrait mercredi à Téhéran pour des discussions avec ses homologues iranien et irakien.

L’Iran et l’Irak, qui souhaitent augmenter leur production cette année, sont considérés comme les principaux obstacles à une réduction sensible de la production globale. Les décisions prises à Doha ont été accueillies avec scepticisme sur les marchés.

Suppression de 7.000  postes

Bob Dudley, le directeur général de la compagnie pétrolière britannique BP s’est dit  «très pessimiste» concernant l’évolution des prix du pétrole au premier semestre 2016, estimant que le rééquilibrage du marché n’interviendrait pas avant la seconde partie de l’année.

«Nous sommes vraiment pessimistes pour la première moitié de cette année» concernant les prix du pétrole, a déclaré Dudley lors d’une conférence organisée dans le cadre de l’International Petroleum (IP) Week à Londres. Le directeur général de BP a notamment estimé que les six premiers mois de l’année s’annonçaient «très variables» et «volatiles» pour les prix, avant que le marché ne parvienne à se rééquilibrer vers la fin de 2016.

«A un moment donné, dans la seconde partie de l’année, au troisième ou au quatrième trimestre, nous pensons en fait que le solde journalier entre l’offre et la demande au niveau mondial va décliner», a poursuivi Dudley. «A ce moment-là, chaque réservoir de stockage et chaque piscine dans le monde sera rempli (de pétrole). Et le marché commencera alors à arrêter les frais», a jugé le directeur général de BP. «Je pense que nous allons (alors) commencer à voir les fondamentaux reprendre le dessus», a-t-il ajouté, soulignant que même s’il ne s’attendait pas à ce que le pétrole s’échange de nouveau à 100 dollars le baril de sitôt, «le cycle des matières premières (n’était) pas terminé» pour autant.

«Quatre cents milliards de dollars de projets ont été différés ou annulés (…). Certains groupes peuvent voir une activité équivalente à un millier de milliards de dollars être reportée aux trois prochaines années. Cela va provoquer une nouvelle réaction (du marché)», a ainsi prédit Dudley. La compagnie pétrolière britannique a subi de plein fouet l’an passé la forte baisse des cours du pétrole et du gaz, accusant en 2015 une lourde perte de 6,5 milliards de dollars.

Comme ses concurrents, BP a commencé à réduire la voilure face à la chute des cours en réduisant ses investissements

et ses effectifs.  Le groupe prévoit environ 4.000 suppressions de postes – déjà annoncées – parmi ses employés et sous-traitants en 2016 dans l’amont ainsi que jusqu’à 3.000 supplémentaires dans l’aval d’ici la fin de 2017.

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