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« Kere » dites-vous ?

« Kere » dites-vous ?

Le « kere », c’est quoi ? Et le Sud, c’est où ? Sans plaisanterie aucune, ces questions peuvent se poser, méritent même d’être posées, ne serait-ce que pour conscientiser l’opinion. Parce que dans cette partie de la Grande île où la famine sévit, l’on doute bien que l’on accorde à la population autochtone la moindre attention, qu’elle mérite pourtant. En vérité, cela fait des décennies que la région Androy et ses environs se trouvent dans une situation de précarité alimentaire préoccupante – le cas des années 1990 reste encore gravé dans la mémoire –  mais rien n’a encore changé depuis.

Un atelier de 48 heures est certes prévu dans quelques jours à Ambovombe, pour tenter de trouver autour d’une table la solution à ce problème récurrent et qui perdure sur le terrain, dans le Sud de Madagascar. Mais on ne peut espérer que le miracle se produise à l’issue de ces deux jours de concertation alors qu’il n’a jamais eu lieu depuis plus de 25 ans. Au contraire, l’on peut imaginer qu’il ne s’agisse que de l’une de ces stratégies d’attendrissement pour amadouer les observateurs.

Presque chaque année, depuis les années 90, des opérations-téléthon sont organisées en faveur de la population du Grand Sud, victime de la famine. Des sommes d’argent importantes et des milliers de tonnes de vivres sont collectés, pourtant le « kere » persiste. Effectivement, les aides sont loin d’être une solution pérenne à une situation de difficulté qui perdure. Mais les détournements des aides au profit de tierces personnes, dans une situation pareille, ne sont pas non plus à écarter. Cela n’étonnerait pas parce que nous nous trouvons dans un pays où les opportunistes se trouvent un peu partout.

 Mais il n’y a pas que les simples citoyens qui peuvent profiter de la situation de famine dans le Sud de Madagascar. Les politiques ne sont également pas en reste. Récemment, cette partie de la Grande île a été le théâtre d’un défilé de politiciens qui cherchent à faire bonne impression auprès de la population. Pour ces politiciens, c’est une occasion en or pour hausser leur cote de popularité. Et croyons nous, cette opération de charme est encore loin de toucher à son terme. Au contraire, cela ne fait que commencer, car l’enjeu est… de taille.

 Enfin, comment peut-on imaginer qu’on ait le cœur qui batte pour la population du Sud de Madagascar, alors qu’on se trouve à environ 1 000 km de cette famine, dans la capitale. N’a-t-on pas dit que loin des yeux, loin du cœur ? Ici, aussi bien pour la population lambda que pour les dirigeants, les préoccupations sont toutes autres. Embouteillages, inondations, coupures d’électricité pour le peuple, remaniement gouvernemental et lutte pour le pouvoir pour les dirigeants… et la liste est loin d’être exhaustive.

Vonjy M.

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