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Reflet de la semaine – Analakely : les marchands de rue crient à l’injustice

Reflet de la semaine – Analakely : les marchands de rue crient à l’injustice

Outre le taux d’inflation, le Produit intérieur brut (PIB), et la croissance économique, la multiplication des petits marchands de rue au quotidien fait aussi partie des indicateurs de pauvreté d’un pays. Le reflet du taux de chômage au niveau de la couche vulnérable indique que Madagascar répond aux critères. La bataille rangée entre les marchands de rue d’Analakely et les agents de la commune urbaine d’Antananarivo (CUA) a été au centre de l’actualité ces derniers jours. La CUA a usé de ses prérogatives de puissance publique et de la loi tandis que les commerçants «victimes» crient à l’injustice.

Indicateur de pauvreté

Le «lundi noir» du 26 janvier 2009 n’a pas seulement causé la perte de la IIIè République, mais également l’effondrement de l’économie malgache. Et

sept ans après, on n’en est encore qu’à la phase de la relance à sens unique car les premiers concernés, c’est-à-dire les membres du secteur privé semblent complètement délaissés par l’Etat. C’est tout un sujet, mais depuis 2009 –

et cela n’a pas besoin d’une statistique fiable – force est

de constater que les marchands de rue poussent comme des champignons à tel point qu’à l’heure actuelle, la commune urbaine d’Atananarivo a dû recourir aux grands moyens pour les chasser de leur lieu de travail, les trottoirs et les avenues d’Analakely.

Depuis des semaines déjà, notamment après la période de grâce de Noël, Analakely est devenue une véritable scène de chasse-poursuite entre les agents de la commune urbaine d’Antananarivo et les marchands de rue. La fête est finie et il faut maintenant débarrasser le plancher. Et les marchands récalcitrants voient leur marchandises être confisquées de force. Une autre façon de mettre au chômage des milliers de personnes dont la plupart ont travaillé dans le temps dans des entreprises franches qui ont depuis fermé leurs portes. Même si ce secteur commence à reprendre son souffle, on est encore loin de retrouver le niveau du taux d’emploi d’avant la crise. Du coup, nombreuses familles n’ont guère d’autre choix que de vendre des produits «made in China» et des articles de friperie dans la rue, sans parler des marchands ambulants qui profitent des embouteillages pour proposer aux automobilistes plusieurs variétés d’articles.

Partout à Tana, à Andravoahangy, aux 67Ha, à Isotry, à Mahamasina… partout dans la capitale, les marchands de rue gagnent du terrain de jour en jour. Mais c’est à Analakely que le phénomène prend considérablement de l’ampleur et donne vraiment du fil à retordre à la Commune urbaine d’Antananarivo. Certes, ce bras de fer ne date pas d’hier car les dirigeants qui se sont succédé à la CUA ont toujours eu à maille à partir avec les marchands de rue. Mais cette fois, la tension est vraiment toute autre. L’assainissement de la capitale ne fait pas d’état d’âme.

Aller à la rencontre des vendeurs

Combien de temps encore, ce jeu du chat et de la souris va-t-il durer ? Tous les jours, à constater les réactions des marchands de rue qui comptent manifester au quotidien jusqu’à ce que… Tellement les conflits sont journaliers que cela perturbe énormément les autres activités dans le centre-ville. Récemment, les rumeurs d’un saccage et de vandalisme ont circulé tant et si bien que plusieurs magasins et établissements d’Analakely ont été obligés de suspendre leurs activités. Pour le moment, les protagonistes campent chacun sur leur position et voir un dénouement heureux de cette adversité semble pour l’heure hypothétique.

«On est vraiment conscient que notre activité est illégale et crée beaucoup de désagrément si on ne cite que les embouteillages et la propreté. Mais l’idée d’aller vendre ailleurs, notamment dans les endroits aménagés pour ce faire par la Commune, ne fait pas du tout recette. Déjà que, comme on dit en malgache, «Ny hohanina androny tadiavina androany» (on cherche notre pain au quotidien)», la perspective de ne pas tenir commerce, ne serait-ce qu’un seul jour signifierait la fin pour nous», a expliqué une marchande de chaussures fabriquées en Chine.

«Vendre à Analakely permet de survivre et de juste nourrir notre famille», a déclaré un père de famille. Et ce dernier d’ajouter que «Devant la morosité économique du pays, l’inflation et le faible pouvoir d’achat des Malgaches, étaler nos marchandises dans un endroit aménagé par la Commune loin des passants ne nous permet pas de subvenir à nos besoins au quotidien. Se rendre directement dans ces lieux pour acheter par exemple des fripes à bas prix ne figure pas au programme de la majorité des Malgaches en rentrant du travail vers la fin d’après-midi ni même durant la journée. Il faut reconnaître que c’est une bonne initiative mais qui, malheureusement ne correspond pas à la situation actuelle. Parfois le fait d’appliquer la loi nuit à l’existence des couches vulnérables».

A Analakely comme ailleurs, parking de rue d’abord

Le fait de voir que les marchands de rue ont manifesté devant l’Hôtel de ville et se sont parfois heurtés aux forces de l’ordre témoigne que la vie des plusieurs familles dépend de ce «métier». Même si la Commune semble gagner la bataille, la situation reste encore tendue à Analakely et risque à tout moment de tourner au vinaigre.

A vrai dire, les marchands veulent rester à Analakely et seront prêts à trouver un terrain d’entente sur le sujet avec la CUA. Juste après le début des désaccords, la place de l’Esplanade a été demandée par les marchands qui se sont dits prêts à quitter la rue si leur demande reçoit une réponse favorable. Mais la CUA n’a pas donné de suite favorable et préfère miser sur les parkings de rue. Même pour les parkings de surface comme l’Esplanade d’Analakely, la CUA dans son plan d’assainissement ne fait aucune place aux marchands de rue.

Le nouveau système appliqué au niveau des parkings payants à travers la mise en place des horodateurs commence à susciter la grogne des automobilistes. 500 ariary l’heure, «C’est quand même un peu cher», s’est plaint un employé salarié qui travaille aux alentours d’Analakely. Et cela fait beaucoup en une journée.

O’ Zoma

L’idée de faire renaître de ses cendres le marché du Zoma a été évoquée dans le temps. D’ailleurs, cela servirait de carte de visite pour la ville des Mille, surtout en matière de tourisme. Nombreux trouvent également que c’est une autre façon de mieux régulariser le phénomène marchand de rue à Analakely. Une alternative en attendant d’autres solutions pérennes. Mais visiblement cette idée ne semble pas enthousiasmer les dirigeants actuels. Ni au quotidien, ni un jour de vendredi comme au beau vieux temps, les marchands de rue devraient se contenter des marchés de Pâques et de Noël.

Page réalisée par R. A.

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