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Chronique : et si nous ouvrions des portes nouvelles ?

C’est l’anniversaire de votre neveu, de votre filleul, de votre petit cousin : ou de votre nièce, de votre filleule, de votre petite cousine. Vos souhaitez lui offrir un livre, joli, plaisant. Un livre qui ne bride pas son imagination mais lui ouvre des portes nouvelles. Vous trouverez ce livre, la littérature jeunesse est riche et très variée aujourd’hui et nous pouvons, au moins dans les grandes villes, trouver notre bonheur. Voilà que vous faites le (ou la) difficile : vous cherchez un livre écrit en malgache ou traduit en malgache. Après tout, vous dites-vous, une langue nationale écrite depuis près de deux siècles doit pouvoir s’enorgueillir d’une production littéraire florissante. Votre quête s’avère plus ardue que prévu. Dans votre recherche, vous vous rendez compte que si le choix est large et attrayant en français, il est nettement plus réduit en malgache. Il y a bien quelques albums dans les librairies, quelques rares auteurs tentent l’expérience d’écrire pour les enfants, dans leur langue. Ils sont peu connus. Vous souhaitez toujours offrir un livre écrit en malgache ? Demandez donc conseil auprès de vos amis ; dès lors que vous évoquerez un livre pour enfants, ils vous proposeront probablement des contes traditionnels. Le livre joli et plaisant se fait désirer : la plupart sont ternes comme pour faire comprendre aux enfants que la lecture est une affaire trop sérieuse pour être colorée et distrayante. Alors, un livre qui ne bride pas leur imagination et leur ouvre des portes nouvelles… Quelle idée saugrenue ! A l’évidence, nous ne considérons pas la littérature écrite comme un moyen d’enchanter le monde de nos enfants.  Non seulement c’est dommage mais c’est une erreur. Comme dans de nombreux domaines, nous avons raté le coche qui nous était pourtant particulièrement favorable : une langue nationale, des enseignants, des lecteurs, des écrivains. La production littéraire et la traduction n’ont pas bénéficié de l’enthousiasme pour la malgachisation. Aujourd’hui, c’est encore en français que nos enfants découvrent le monde. Ils pourront lire en malgache bien sûr, essentiellement des livres imposés par l’école.

Comme dans de nombreux domaines, tout n’est pas perdu. Il n’est pas trop tard pour traduire la littérature du monde en malgache. Il est peut-être temps de traduire du malgache vers les langues étrangères.  Cela ouvrira des portes nouvelles et débridera l’imagination de nos enfants et, il faut l’espérer, de leurs parents.

Kemba Ranavela

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