Flash
Préc Suiv

Madagascar il y a 100 ans  : cons-pi-ra-tion (1)

Il y a des gens qui tremblent encore de tous leurs membres par suite des nouvelles abracadabrantes qu’on leur a serinées, et surtout par celles que laissaient entendre les sous-entendus. Je connais un personnage qui, quel que soit son appétit et si pressé qu’il soit, n’ose toucher à un plat qu’autant que son cuisinier en a mangé la moitié devant lui. La Presse l’a dit ! Donc parole d’Évangile !…

La Presse ? mais excellent homme, la Presse ne vaut que ce que valent les hommes qui la dirigent et la font parler.

Regardez-les donc et vous saurez ce que valent les nouvelles qu’ils donnent.

Au surplus, réfléchissons un peu, si vous voulez, et discutons cette fameuse cons-pi-ra-tion ; vous verrez qu’il n’y a rien là qui puisse vous étonner et encore moins vous émouvoir.

La conquête de Madagascar par la France a renversé de leur piédestal certaines familles dirigeantes, ainsi que celles qui leur étaient alliées par la parenté.

Du jour au lendemain, les membres de ces familles se sont vus ruinés, ou à peu près, privés de leurs serviteurs esclaves, qui devenaient leurs égaux, et réduits à n’être que de simples sujets dans un pays qu’ils avaient gouverné despotiquement, en maîtres absolus. Très souples et très humbles devant ceux qu’ils estiment plus forts qu’eux, l’autorité française a pu se laisser prendre aux apparences et croire que ces gens-là avaient oublié le passé. Il suffit d’y réfléchir un instant pour se rendre compte que cela était impossible.

Qu’ils aient dissimulé longtemps, cela était dans leur mentalité, le courage et la franchise leur étant inconnus. Ils ne pouvaient d’ailleurs se fier même en leurs congénères qu’ils savaient aussi fourbes, aussi lâches qu’eux. Et alors. C’est nous, les conquérants, les civilisés, qui leur sommes venus en aide. Sous prétexte de Liberté, Égalité, Fraternité, de libre pensée, et autres blagues, nous les avons amenés à former des sociétés secrètes, et plus d’un de ceux qui ont tremblé hier les avaient vus avec complaisance se lancer dans l’anticléricalisme et partir en guerre contre le catholicisme, la haine des citoyens les uns contre les autres leur paraissant le nec plus ultra de la civilisation et du progrès.

(À suivre.)

Le Tamatave

www.bibliothequemalgache.com

Les commentaires sont fermées.