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Chronique : de bonnes résolutions

Vous peinez à trouver de bonnes résolutions. Qu’à cela ne tienne, en voici quelques-unes pour les uns, pour les autres, pour chacun d’entre nous.

On peut par exemple décider que, cette année, on respectera le code de la route, on ne roulera plus à contre sens, on rendra les trottoirs aux piétons et quand bien même ils traversent trop souvent en dépit du bon sens, on oubliera ce plaisir de gamin boutonneux généreusement partagé : accélérer pour se sentir un as du volant et offrir aux impassibles piétons une frayeur salutaire. Jusqu’ici, reconnaissez que c’est de l’ordre du possible. Il sera plus difficile de se montrer poli, civil et pourquoi pas courtois. C’est qu’il faudra faire des efforts pour ne pas cracher sa salive ou les noyaux de fruits, pour se souvenir que la rue n’est pas une poubelle – on a du mal à le croire mais c’est pourtant la vérité – ou se retenir d’uriner dès qu’une envie pressante se fait sentir. Notez qu’il est désormais nécessaire de préciser que l’injonction, pardon, la bonne résolution, est valable tant pour les hommes que pour les femmes. Surtout, ne croyez pas que ce manque flagrant de raffinement est l’apanage des seuls madinika sans éducation. Le nivellement par le bas est d’une prodigieuse efficacité.

En 2016, grâce à leurs bonnes résolutions, les commerçants commenceront leur journée avec une caisse pourvue de nombreuses petites coupures. Ils pourront ainsi accueillir les clients insouciants qui n’ont pas de monnaie et les servir avec le sourire. Par un effet boule de neige, les receveurs de bus s’adresseront aux usagers des transports en commun avec affabilité ; c’est une évidence, la grossièreté et la brusquerie sont passées de mode quand on s’apprête à recevoir la francophonie. En 2016, les heureux élus qui ont encore quelque moyen de se rendre utile au pays adopteront une merveilleuse bonne résolution. Ils penseront plus loin que leur nombril, même s’ils affichent un tour de taille honorable. C’est autrement plus difficile, il faut l’admettre. En observant le monde des gens ordinaires, ils apprécieront l’idée de l’austérité. Soyons sérieux, il ne s’agit pas de se nourrir exclusivement de riz gonflé au bicarbonate de soude, agrémenté de cent grammes de brèdes et, les jours fastes, de haricots à la couenne. Laissons cela aux ombres faméliques que l’on croise tous les jours en détournant pudiquement les yeux.

En 2016, on sera des gens honnêtes, on ne confondra pas incivisme et désobéissance civile. On paiera la Jirama, mère des délestages et des coupures d’eau, sans oublier ses impôts locaux. Et comme on sera tous très courageux, on rappellera obligeamment aux agents de la circulation qu’il n’est pas autorisé de boire du café pendant le service.

Kemba Ranavela

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