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Chronique des pérégrinations hebdomadaires : consécration d’un système inégalitaire

Selon que tu sois prince ou manant tu paieras des droits différents pour prétendre subir les examens ouvrant sur la délivrance d’un diplôme : prince celui qui bénéficie de l’avantage de suivre une scolarité normale, manant celui qui pour diverses raisons fournit seul les efforts dans son coin pour s’instruire. Inégales aussi les chances de remporter une élection selon que l’on dispose des faveurs de la puissance publique ou que l’on en subisse des pressions. Les vœux officiels perdent tout sens et restent même en travers de la gorge lorsque l’année débute sous  pareilles auspices.

Sélection par l’argent

La justification officielle d’une pratique éhontée d’ostracisme pour les droits d’examen au baccalauréat déclare de façon cynique que cette mesure a été adoptée pour freiner l’ardeur de ceux que l’on appelle «candidats libres», des «pouilleux» qui infectent le taux de réussite de l’ensemble. Le pouvoir sans se soucier de la casse sociale éventuelle, d’un pas allègre privilégie la politique de faire du chiffre. Courage ! Sanctionnons les plus faibles !

27% de taux de réussite. C’est 27% de jeunes et moins jeunes qui ont réussi sans grever les caisses du système dans lequel se côtoient enseignement public et enseignement privé. Il est faux de croire que le privé ne coûte rien à l’organisation sociale, alors qu’au moins sur une année les candidats libres sont tout bénef pour l’Etat. L’obsession d’obtenir des chiffres flatteurs relève de la seule hantise politicienne à vouloir produire des bilans destinés à épater le public et à mieux appâter les électeurs. Parmi les candidats libres trainent sûrement à taux élevé oisifs et paresseux, rien ne garantit que seuls ceux-ci seront découragés par la tarification inégalitaire. Quelques méritants se trouveront dans la charrette des exclus en raison des droits prohibitifs, quel argument justifierait donc cette pénalité supplémentaire en rapport à ceux qui ont le bénéfice de fréquenter l’école ? A tout ministre issu d’une classe aisée nécessite un effort de réflexion pour avoir la mesure des difficultés qui alourdissent le parcours des jeunes des couches défavorisées, avant qu’il ne sème de telles nouvelles embûches.

Conquête de notoriété pour conquête de notoriété, la même pénalité imposée aux candidats étrangers risque de produire l’effet contraire. Outre l’état d’esprit empli de mesquinerie qui transpire à travers cette décision, difficile d’en trouver des causes positives. Le bac malgache bénéficierait-il d’une bonne notoriété qu’il faudrait en faire du chiffre, non en argent, mais en nombre de candidats pour faire la preuve que les diplômes malgaches sont courus.

Le taux de réussite ne suffit pas seul à faire honneur et réputation au diplôme, le niveau requis pour sa délivrance en garantit autrement la valeur. Déjà à l’étage inférieur, dans l’enseignement primaire, depuis la session 2003 le CEPE a perdu de son aura auprès des couches populaires, le bond enregistré par le taux de réussite a été si brutal que même les parents analphabètes ont suspecté un recours à une astuce plus qu’ils n’ont voulu croire en un progrès miraculeux.

Aux urnes égalité de façade

La sagesse populaire tempère les excès de zèle en rappelant que le mieux est l’ennemi du bien. Les partisans malgré eux de la démocratie ont fait une extrapolation de la maxime pour prétendre que trop de démocratie tue la démocratie. Soit ! Que le peuple se satisfasse de manifester sa voix par la seule voie des urnes. L’expérience témoigne toutefois que les différentes forces de la classe politique rivalisent d’efforts pour confisquer au peuple sa réelle volonté par toutes sortes de méthodes pour en fausser la véracité. 2016 autre année d’élections, notamment les régionales, ne s’annonce pas sous les meilleures augures si l’on considère 2015 qui a clôturé sur des sénatoriales très contestées par l’ensemble des battus. Ceux-ci redoutent que le changement se manifeste uniquement par l’usage des manœuvres jusque-là inédites en ce qui concerne la manipulation d’électeurs. A échelle réduite, celle des grands électeurs, les risques d’être par trop visible par rapport à des manœuvres lors d’élection universelle, et pourtant ils ont osé. Cependant dans le fond les méthodes ne différeront pas de celles utilisées par les prédécesseurs, la carotte et le bâton. Carotte l’argent sale, chacun en possède une cagnotte, bâton l’usage et l’utilisation des moyens et prérogatives de puissance publique.

Périlleux d’accorder crédit aux bonnes paroles des acteurs politiques, tous les chemins mènent à l’enfer dont les routes sont pourtant pavées de bonnes intentions, pire encore quand ces intentions répondent aux seuls intérêts de carrière. On enregistre des variations d’attitude selon qu’ils se trouvent du bon ou du mauvais côté du manche. La place du 13 Mai et la «place de la démocratie» à Ambohijatovo illustrent au mieux cette inclination à brûler le lendemain ce qu’on adorait la veille. Ceux qui ont réussi leur ascension en partant du 13 Mai ou d’Ambohijatovo n’ont eu de première préoccupation qu’à exorciser ces lieux soit en les transformant soit tout simplement en les fermant pour en faire des lieux maudits, comme s’ils craignaient une transposition de l’adage : qui a tué par le fer périra par le fer. A y croire dur comme fer, le pouvoir actuel s’accroche à l’idée qu’arrivé par les urnes il ne sera congédié que par les urnes. Logique donc qu’il soigne les urnes à sa manière, seulement tôt ou tard le seul gage réside dans la perception que le peuple aura du progrès traduit dans son assiette. De ce point de vue la bataille est loin d’être gagnée : matin, midi, soir, nombreuses gens éprouvent toujours le goût du «trop peu» après avoir fini de manger.

Léo Raz

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