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Chronique : un bâton nommé « pédééssisation »

Il a été une évidence lors des élections sénatoriales, le choix secret émis par les grands électeurs ne bénéficiait d’aucune garantie de confidentialité : suspicion de culpabilité sur la méthode adoptée par la CENI. La transparence des votes favorisait les entreprises scélérates à vouloir exercer une pression sur les électeurs. Une marche de plus de franchie dans la descente des escaliers de la turpitude. Certains grands électeurs ont tenté de résister à la tentation de saisir la carotte qu’on leur tendait, un paquet de billets. Résister au fumet de l’oseille, une réaction qui relève déjà d’un petit miracle. Lorsque la carotte ne produit pas l’effet escompté le diable use du bâton. Un grand martinet, les menaces de destitution et de recours à la formule de pédééssisation ont mis au pas les récalcitrants. Procédé aussi efficace qu’exécrable pour étouffer la voix du peuple : les élus pèsent pelures de légumes face aux courges désignées en remplacement. Ça ne pouvait que bien fonctionner, on imagine par exemple la réaction des maires ou conseillers communaux fonctionnaires de leur état qui ont craint une affectation à des centaines de kilomètres de la circonscription dans laquelle ils ont élu, sanction ayant pour cause un non-dit, ne pas avoir fait  le bon choix lors d’un vote « libre » de surcroit secret dans le principe. Principe ? Certes ce mot existe dans le dictionnaire d’ici et on utilise du reste en abondance le vocable, mais à l’instar de la loi le principe a fonction de faire ornement et vocation à subir quelques maltraitances dans la pratique.

L’année aurait-elle mal commencé ? Pas nécessairement, les maltraitances figurent banales dans le menu du quotidien. La population elle-même ne les subit-elle pas du moins pour un grand nombre afin de s’assurer une survie dans des conditions pénibles. Le Sénat traîne le boulet d’avoir été mal-né, plutôt que de se précipiter tentera sans doute de traîner les pieds pour donner le temps de faire le deuil de ces élections peu crédibles dont les résultats finiront par s’imposer à tous. Ceux qui aujourd’hui crient aux charrons, hier peut-être ont joué le rôle inverse dans la grosse farce intitulée alternance.

Léo Raz

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