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A force de forger, on ne devient pas forcément forgeron…

A force de forger, on ne devient pas forcément forgeron…

Si on tient compte du recrutement des nouveaux 10 000 maîtres Fram par le ministère de l’Education nationale, cette année, le nombre de ces enseignants payés par les associations des parents d’élèves intégrés dans la fonction publique sera de 30 000 depuis 2014. Un effectif qui ne représente pas encore la moitié des 75 000, prévus être recrutés par l’Etat en quatre ans. C’était le ministre Paul Rabary qui l’a annoncé, au mois de juin 2014, lors du lancement officiel de la campagne nationale de scolarisation pour l’insertion scolaire et socioprofessionnelle des jeunes et des enfants à Ampasambazaha-Fianarantsoa.

Outre cet éventuel manquement de l’Etat à la promesse faite par l’un des siens, il convient de rappeler que ces enseignants sont recrutés sans formation initiale pour professer dans les écoles primaires publiques (EPP) dont la création massive est entreprise par le ministère de l’Education nationale depuis 1975. La politique est ainsi qualifiée de réforme quantitative, elle est de loin qualitative. Certes, ces enseignants Fram participent aux programmes de formation continue dispensés à l’endroit justement des enseignants des écoles primaires, dans le cadre des journées pédagogiques qui durent environ 3 à 5 jours, tous les six mois. Mais qui est-ce qui pourra dire que cela va suffire pour faire d’eux des enseignants qualifiés ?

On ne peut en effet qu’être du même avis qu’un certain Andrianirina Rakotoson, un concepteur de l’éducation, sur le système actuel. « Nous ne produirons que des chômeurs qui deviendront par la suite des analphabètes informels même s’ils arrivent à décrocher leurs diplômes», a-t-il averti. C’est bien que l’Etat ait pu fournir des emplois et prendre en charge ces enseignants en les intégrant dans le corps des fonctionnaires, mais il faudra également reconnaître que le niveau de compétence de certains maîtres Fram laisse à désirer, faute d’une mesure d’accompagnement adéquate à ce recrutement massif.

A force de pratiquer, on devient peut-être pratiquant, mais à force de forger, on ne devient pas forcément forgeron. Tout cela pour dire qu’il y a un minimum de qualité dont il faudra tenir compte dans ce recrutement massif des enseignants Fram. Mais le plus important est qu’on ne peut sacrifier la génération malgache, pas pour autant, notamment en faisant de leur éducation un véritable laboratoire d’expérimentation à ciel ouvert pour chercher la qualification qui ne viendra certainement point sans qu’on ait mis en place un système, voire une politique bien ficelée pour formaliser l’Education.

A ce problème du système éducatif à  Madagascar, s’ajoute en effet l’inadéquation de la formation aux besoins du marché de travail. Parce qu’il s’agit, une fois de plus, d’un système basé sur des évaluations certificatives et diplômantes.

Sera R.

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