Flash
Préc Suiv

Chronique : obligation d’intolérance

On dit sophisme le précepte qui permet voire invite à ne pas faire montre de tolérance à l’endroit des intolérants, toutefois cette exigence rigide ne saurait élargir son application jusqu’à supprimer les limites du tolérable. Dans le pays la société se meurt d’une érosion des frontières entre le tolérable et l’intolérable.

 Seuls les nouveaux venus s’émeuvent ou s’étonnent de voir des chars à bras remontant dans le sens contraire de la circulation sur les boulevards à larges voies séparées selon le sens. Infraction impensable en pays de droit, ici les gens s’en indiffèrent. Du reste sur ces boulevards tous les usagers commettent une transgression identique, la règle serait de rouler à droite, la norme commune est de circuler sur la voie de gauche, celui qui emprunte la voie de droite passe presque pour un resquilleur au moins pour un petit malin. Il n’est plus question de complicité, les mauvaises habitudes ont fini par forger la mentalité à lire les lois de travers comme à l’envers. Certains prétendent que c’est dans l’ADN de la société malgache, euphémisme pour ne pas dire de façon crue que c’est une tare des autochtones et qu’elle contamine les étrangers. Le phénomène ne souffre d’aucune contradiction, la réalité en témoigne, dire que c’est inscrit dans les gènes des nationaux relève d’une affirmation risquée et si d’aventure ça s’avérait juste ça serait à désespérer. Il n’en a pas toujours été ainsi, que ce fut avant la période de colonisation ou durant l’époque coloniale la société malgache a manifesté un sens de l’ordre et un respect de la discipline. En tout endroit et à toute époque un arsenal de sanctions menace toute atteinte aux règles établies. Le droit malgache n’est orphelin ni de lois et règlements ni d’encadrement de ceux-ci par des sanctions, ce sont les applications qui font défaut. Pourquoi donc ? En raison d’une incapacité des plus hauts responsables ou par une volonté scélérate de laisser-faire afin de laisser champ libre aux infractions malignes les leurs en premier ressort ? Les deux mon colon ! Ils n’aiment pas mais pas du tout cette conclusion, aussi aiment-ils à dire leur attachement à l’Etat de droit, un droit à leur convenance, biaiser ainsi à l’envi explication et application des lois. D’eux on ne peut attendre une transformation de l’état d’esprit par une intervention divine, seule l’opinion publique peut y remédier en créant un courant d’intolérance contre les non-justiciables malgré l’évidence de commissions d’actes répréhensibles qui ne font l’objet d’aucune poursuite efficace.

Léo Raz

Les commentaires sont fermées.